Chemin faisant... La suite

VEZELAY – ST JACQUES DE COMPOSTELLE

Avril à Juillet à 2007

E S P A G N E

Mardi 5 juin 2007 – 44ème jour

Voilà que j’ai perdu le fil. Mon premier cahier est parti hier par colis postal. J’ai fait un petit tour en ville et j’ai tout de suite reconnu les lieux où nous étions déjà venus avec le Papy … il y a quelques années! C’est un gîte très spartiate mais pour une fois ça ira.

La vieille qui gère le bazar (Jeannine) me demande d’aller lui faire quelques courses. Faudrait y aller tout de suite … C’est que mémère est exigeante et je me fais presque engueuler parce que ça ne va pas assez vite.

Je retrouve Carla qui traîne ses rhumatismes et sa sciatique et se trouve bloquée au moins jusqu’à mercredi. Apparaissent soudain Fabrice et Sylvie (ceux de Rodez) qui sont allés à Lourdes et qui viennent à ma rencontre et de celle d’Yvonne avec qui je suis en train de boire un verre à une terrasse.

On ne peut pas être tranquille sur ce chemin !!

Je profite de l’occasion pour téléphoner à Monique et à Jean Péduzzi et poster quelques cartes.

Bon, je repars sur cette journée et je rectifierai le tir en cas de répétition.

La vieille (Jeannine) nous fait savoir qu’il faut avoir levé le camp au plus tard à 8 h. Bon, c’est ce qui se passe, elle est gentille tout de même.

Photo des mules et baudets qui s’apprêtent à partir comme moi. Yvonne fond en larmes dans mes bras. J’en ferais presque autant ou peu s’en faut. Je pense qu’on la verra à Vézelay un de ces jours si le cœur lui en dit.

Je me lance donc sur Roncevaux, étape mythique et difficile. Par bonheur le temps est brumeux et il fait même frais en passant le col. C’est superbe mais la vue est un peu limitée à cause des brumes et brouillards. Le chemin est chaotique et grimpe désespérément, je me trimballe un jeune Allemand à la dérive et je retrouve quelques épaves chancelantes un peu plus loin.

C’est en arrivant au gîte que je manque me tuer dans les douches où je prends une pelle sur l'arriere train. Rien, pas un bleu, pas une égratignure. Tout aurait vraiment pu s’arrêter là.

Ce soir je me suis inscrit au restaurant d’en face (8 € - tarif pèlerin) avec des amis Italiens ravis de trouver quelqu’un qui parle leur langue.

Ce soir après le repas il y a messe à l’église de Roncevaux et bénédiction des pèlerins. Vous en saurez un plus demain.

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Mercredi 6 juin – 45ème jour

En fait j’étais crevé et je suis allé au lit dès 20 h 15 et j’ai très bien dormi. Réveillé tôt, casse-croûte sommaire avec un vieux croûton et une pomme et je prends le départ à 7 h 30 précises. Pas le dernier mais presque …

Je me sens des ailes et à 8 h je fais ma première halte pour un petit déjeuner plus substantiel. C’est encore une étape de 22 kms que je prends l’option de rallonger de 6 pour être au plus proche de Pampelune où je n’ai pas l’intention de m’attarder.

La Navarre est très belle, les brouillards du matin s’effilochent progressivement et dégagent l’horizon de toute part. nous allons passer de 950 m à 500 m dans la journée. Cela passe par quelques petits cols de derrière les fagots.

La végétation est encore celle du printemps (aubépine, fruitiers en fleurs, genêts, églantines …). Bois de pins et de buis mélangés, paysages où l’on a envie de s’arrêter au détour de chaque chemin.Memorial japonais sur le talus(c'est la vie)

Çà pique-nique dans tous les coins, ça soigne ses ampoules ou ses douleurs et ça s’égraine tout doucement au point qu’à proximité de Larrasoaña je ne vois plus personne.

J’ai dans l’idée qu’il y a eu des dégâts dans les troupes car sur les environ 150 partants de ce matins il en reste une petite cinquantaine ici… les autres ne sont pas tous perdus mais ils arriveront peut-être plus tard ou se sont arrêtés avant.

L’arrivée à Larrasoaña se termine en apothéose par un bois d’églantines en fleurs et je file prendre un petit bain dans la rivière avant d’aller me doucher.

J’ai retrouvé un pote allemand qui ne me lâche plus. C’est un bavarois et je suis le seul avec qui il puisse échanger ses impressions … bon, c’est comme ça !

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Jeudi 7 juin – 46ème jour

Depuis hier j’ai intégré un petit groupe de trois, à savoir : un Toulousain Gilbert, une Lilloise Françoise et une émigrée en Angleterre Elise. J’ai entrepris de soigner Françoise avec les soldes de mes médicaments homéopathiques et le départ (7 h) est plutôt laborieux pour elle ; tant bien que mal elle finit par doubler un Canadien éclopé à qui je prodigue quelques conseils.

Elise et Gilbert sont restés au village attendre le boulanger et nous ramener le ravitaillement car pas de petit déjeuner ici avant 13 h.

Après deux heures de route commune je préfère filer car je crois qu’il va faire chaud et ce n’est pas moi qui porterai les invalides. Je passe la ville de Pampelune dans une relative fraîcheur, mais faire du tourisme culturel avec un sac à dos, ce n’est pas ma tasse de thé.

Un petit tour à l’université pour faire valider ma Crédencial et ce que je soupçonnais se produit, on change de paysage (cultures variées) avec une réduction significative des ombrages.

Mes coreligionnaires ont disparu corps et biens, j’espère qu’ils ne se sont pas égarés.

Ici à « Cizur Minor » je suis bien tombé, gîte accueillant, verdure au jardin, chaises, tables, fleurs, bassins, oiseaux … c’est le luxe à bon marché.

Maintenant, je vais buller et on verra le reste en temps voulu.

Vendredi 8 juin – 47ème jour

Hier soir, comme il y a 2 000 ans « Marie et Joseph » n’ont pas trouvé de place à l’auberge, sous prétexte que l’enfant Jésus (Noa 20 mois) n’avait pas à se balader ainsi sur le dos de son père. Il n’y a rien eu à faire.

Heureusement j’avais eu connaissance d’un accueil de l’ordre de Malte par un allemand et ils ont accepté de les loger dans l’église. J’ai prêté mon duvet à l’enfant « Jésus » et tout le monde a passé une bonne nuit. (Précision : c’était des Suisses, on se reverra sous peu).

A 7 h j’étais parti, pour passer les principales difficultés à la fraîche.

Quelques pauses, un petit café, un « boccadilla de patatas y tortillas ». Encore de superbes paysages de collines, une végétation plus rare et changeante au rythme des amandiers, lopins de vignes, asperges, petits pois, céréales encore quelques bois de pin, du chèvrefeuille partout.

On se fait un petit détour de 5 bornes par le chemin d'Arragon pour visiter l’église d’Eunate. Quand on tient la forme il faut en profiter. La météo locale prévoit 30° pour samedi.

Va falloir encore se lever de bonne heure pour passer à travers la grosse chaleur. Ici le logement est ultra moderne, vaste. On peut s’y restaurer. Les autres ont à nouveau disparu mais je sens que les éclopés souffrent. La plupart ont une petite semaine derrière eux et c’est normal.

Je sens que dans ma tête et dans mon cœur bien des choses ont bougé. Je ne crois pas que je me fasse des idées. Ça serait trop bête. Une certitude s’impose à moi, le centre du monde ce sont les autres.

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Samedi 9 juin – 48ème jour(Estella)

Ce soir, ça cloche. J’ai eu la drouille à plusieurs reprises et je me sens un peu fiévreux. Tout le monde est fatigué. Ceci dit je vais me coucher tôt. Une dame m’a passé ses tubes homéopathiques, espérons que ça sera efficace.

J’ai fait une suite photo aujourd’hui. Heureusement que l’étape était renommée facile … C’est faux !

C’est tout ce que vous aurez pour aujourd’hui.

Dimanche 10 juin – 49ème jour

J’ai longuement hésité et je suis resté au gîte ce matin. C’est difficile de lâcher ceux que j’avais comme compagnes ou compagnons depuis quelques temps. Cette nuit mon moral était à zéro. Je n’ai pas trop mal dormi, mais je ne suis pas loin d’avoir les larmes aux yeux de les voir tous s’éloigner.

J’ai un peu trop tendance à m’attacher et c’est vrai que les séparations sont d’autant plus difficiles.

Le bon côté des choses c’est qu’Estelia c’est une petite ville de 15 000 habitants et qu’il semble y avoir pas mal de choses à voir.

La journée s’est finalement assez bien passée … sauf que je me suis endormi sur un banc en plein soleil et que ça n’a pas dû arranger mes affaires.

Grosse fièvre et, suite aux bons conseils de droite et de gauche, une envie folle d’en finir et d’arrêter … ce qui est devenu un enfer.

Pour comble de bonheur je suis tombé sur le 3ème monument (rustique) dédié aux pèlerins partis pour le pèlerinage éternel et je me voyais bien faire le 4ème.

C’est fou ce qu’il peut se passer dans une tête en si peu de temps, mais après c’est vrai 50 jours de marche, et une sorte de vie de marginal (de luxe malgré tout). On comprend mieux ce que SDF veut dire (peut-être).

J’ai retrouvé mes affaires perdues la veille. Simple changement de casier pour cause de séjour prolongé. On perd si vite la boule quand ça cloche !

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Lundi 11 juin – 50ème jour

Depuis deux jours les orages se succèdent. Les rivières charrient un flot rougeâtre impressionnant de toute part. la Navarre est toujours aussi belle et les paysages se transforment à nouveau.

Montée sur Monjardin ( point culminant du secteur) et ses vignobles de Rioja et on rebascule aussitôt sur un plateau mixte de céréales, vignobles, oliviers et amandiers. Un petit vent frais souffle encore et atténue la sensation de chaleur qui s’annonce déjà.

Devant moi j’aperçois un cycliste qui me paraît en difficulté … à l’usage je vais découvrir en fait un patinettiste allemand (qui a effectivement de gros problèmes pour circuler avec cette de trottinette à roues de vélo). Et il m’explique qu’il est parti avec ça pour ne pas avoir à porter de sac. Courage ! Avec la boue que les orages ont rapportée il n’est pas sorti de l’auberge.

En ce qui me concerne après avoir tout ruminé et essayé d’y voir un peu plus clair je suis entré dans la petite église de Los Arcos pour « LUI » demander, sinon conseil, du moins la force (sinon le courage) d’aller voir plus loin s’Il y était aussi et le chemin est devenu plus beau.

C’est vrai que j’ai aussi rencontré Fabrice (Rodez – Saint Jean Pied de Port). Je crois qu’on se ressemble par beaucoup de points de vue et il avait lui aussi son coup de blues, marre de tout.

J’avais trop vite oublié mes premières difficultés, un déréglement est si vite arrivé. Il fallait encore que je l’accepte au fond de moi, que j’en prenne conscience, que ce n’était pas le fait d’un hasard; non je ne suis pas une machine à marcher. Tout ne m’est pas dû parce que je suis Alain. J’ai le droit d’être fatigué et ça me rappelle mes petits problèmes de l’an dernier.

Aujourd’hui je suis dans un petit gîte familial (24 places). Terrasse sur les champs de blé et les oliviers. Que demander de plus puisque la douche est déjà prise.

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Mardi 12 juin – 51ème jour

Ce matin j’ai sauté du lit. Logrono est une grande ville et j’ai envie d’y être au plus tôt avant la chaleur. A 5 h 30 je suis debout et à 6 h 15 je me lance dans les premières collines. Le soleil n’est pas encore levé, mais ça ne saurait tarder. Les premiers oiseaux vocalisent dans les amandiers.

On dirait que c’est bien reparti. Me voilà de nouveau seul mais je m’en fous ; maintenant « Que sera, sera … » et ce sera une belle matinée sans encombres au milieu des premiers coteaux et la région du Rioja ; je passe par Viana dans la fraîcheur de la ville qui s’éveille à peine et j’aperçois déjà au loin la brume qui flotte sur Logrono. Derrière on dirait qu’il y a de sacrées montagnes. Ça promet pour les jours à venir.

A Logrono c’est la fête de St Barnabé avec des fanfares dans toute la ville. Après un petit boccadillo sur le pouce avec un chocolat tellement épais que la cuiller tiendrait presque debout je pars vadrouiller dans la ville car le gîte n’ouvre pas avant 14 h 30. C’est pas sympa pour nous … mais bon !

Et voilà que de l’autre côté de la place d'el Mercado j’aperçois mes loustics de Toulouse (Michel, Momo, Jean-Marc, Mano flanqués d’Elise et Françoise). Mais c’est que de ce côté-là, il y a du dégât dans les troupes.

Ils sont arrivés en bus de Viana (ampoules, tendinite, coliques …) et tout le monde se réjouit de me retrouver en forme. On va fêter ça dans un petit restaurant (9 € le menu) à base de riz … et poisson!

Ce soir on se fait une autre petite sortie tapas et demain chacun repartira selon ses possibilités. Tout est bien.

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Mercredi 13 juin – 52ème jour

Ce n’est pas une étape qui restera dans les annales ; en dehors du passage à Navarette qui se trouve être une très jolie petite ville mais trop proche du départ pour y faire halte.

Aujourd’hui j’ai des ailes. Il faut dire que je suis encore parti tôt après une très bonne nuit. Ce n’est plus le cas de mes copains du groupe de Para de Toulouse : Gilbert, Elise et Françoise.

C’est chacun son tour. Un petit mot d’encouragement en passant. De la détresse dans certains regards. Merci Seigneur de m’avoir donné de bons pieds.

Je n’ai pas cherché du tout la performance mais le chemin aidant, le vent frais dans le nez, les 28 kms sont couverts en 5 heures … et la douche vient parfaire le tableau. Je vais aller me boire une petite mousse pour fêter ça.

Je sais aujourd’hui que c’est vraiment dans mes cordes de passer à 30 kms par jour pour les temps qui viennent. Il faut profiter de la forme quand elle est là!

Jeudi 14 juin – 53ème jour

Bon, mais aujourd’hui l’étape fait 22 bornes et ça ira comme ça. Départ à la fraîche à 7 h, le temps de photographier le réveil des cigognes. On est toujours dans une zone très vallonnée où la vigne domine outrageusement tout le reste.

L’irrigation est reine par ici. Il y a des aqueducs partout. On est en train d’épampriller à tout va (enlever les rameaux superflus). Un petit vent frais nous permet d’avancer dans de bonnes conditions, mais les grimpettes font quand même mouiller la chemise.

Chemin faisant je rattrape deux Jurassiens (St Claude) connus à Roncevaux et qui vont s’arrêter à Burgos – terme de leur mini-pèlerinage-vacances. Une petite heure de marche ensemble et on se quitte à Ciriñuela après une petite pause casse-croûte.

Entre-temps j’ai constaté que nous naviguions sur un plateau situé à 700/800 m d’altitude, d’où la fraîcheur et les conditions climatiques agréables.

Il y aura probablement de l’orage d’ici la fin de journée, mais c’est accessoire, l’heure est à la contemplation des espaces qui s’ouvrent de toute part, il y a des montagnes partout au loin, droite, gauche, devant, derrière … la vigne se raréfie pour disparaître en une dizaine de km et laisse la place à d’immenses cultures maraîchères, également très irriguées.

L’Espagne est un pays qui bouge beaucoup ; ça construit de toute part. On sent que les fonds européens sont passés par là et ils ont su en profiter.

Santo Domingo de la Calzada est ma prochaine étape. J’y suis en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire et j’emboîte le pas d’un petit groupe qui devant moi s’arrête à l’Hospéderia de Santa Teresita (frangines Cisterciennes) ce qui va me changer des gîtes surchargés.

Comida à 14 h. Je prends le temps d’une bonne sieste et à 14 h précises je suis devant mon assiette et mon verre de Vino de Mesa (pour ceux qui croiraient que d’est du vin de messe – comme moi sur le coup – erreur, c’est du vin de table local et il est bon). Moi aussi pour peut-être une 2ème sieste ?

Non, je vais aller rôder dans la ville voir où en sont mes éclopés.

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Vendredi 15 juin – 54ème jour

On s’est fait une petite soirée sympa. Demain ou après-demain beaucoup s’arrêteront à Burgos. On a convenu de se retrouver un coup tous ensemble.

Le vent est de la partie pour aujourd’hui et en pleine face. La nuit a été bonne et dès que la sœur hôtelière ouvre la porte je file plein ouest.

Il est 6 h 15. Mariano (Espagne) m’accompagne, encore plus bavard que moi, et un peu plus crampon. Il me colle littéralement sur le flanc gauche, que j’en ai du mal à marcher correctement. Il a envie de se raconter et de me parler de l’Espagne.

Le bon côté des choses c’est que du coup je suis obligé de me lancer dans mon espagnol encore hésitant mais c’est comme cela qu’on progresse … enfin façon de parler, sur le plan langage oui … mais sur l’art de suivre un chemin …? Voilà qu’on s’est perdu dans les blés. Faut le faire!

Bon, en prenant plein ouest on se récupère assez vite, mais ça coûte 4 à 5 kms de plus. Je m’engouffre une énorme assiette de spaghettis, suivie d’un lomo de Ternera con patatas.

Le gîte est sympa, le patelin aussi. Burgos approche et c’est un peu mythique. Je vais approcher et descendre sous la barre des 500 kms.

Samedi 16 juin – 55ème jour

L’objectif du jour c’est San Juan de Ortega.

Départ sur les chapeaux de roue. Je quitte les derniers vallons d’orge qui ondulent sous une brise légère. Temps idéal pour la marche. Le paysage se transforme, vitesse grand V, et j’attaque les contreforts des premières petites montagnes qui se présentent.

Rien de bien méchant. Je dois naviguer à 700/800 m. Quelques pies autour de moi me disent qu’on est dans une chaîne qui culmine à 2000/2200 mètres, mais ce n’est pas pour moi.

Il fait vraiment un temps propice et me voilà en forêt (chênes verts et pins). La végétation est printanière. Revoilà les asphodèles d’avril.

Je n’ai plus de pellicules photos. Tant pis pour vous. Il faut que j’en trouve au plus vite. Villafranca n’a pas encore ouvert ses commerces quand je passe, laissant au passage le pauvre Gilbert qui traîne sa tendinite et qui a bouffé toutes mes granules.

A San Juan je rejoins Elise qui a décidé de s’arrêter, mais la réputation du gîte en rase campagne ne me tente pas et la soupe à l’ail du curé pas d’avantage. C’est plus du folklore qu’autre chose.

Il n’est que midi et à 3 kms se trouve le petit village d’Agès. C’est là que je choisis de faire ma halte. Je ne le regrette pas. Beatriz est plutot sympa!

En attendant l’heure du Comida je me paie un petit verre de blanc au bar et je me lance dans la conversation avec un papy local. Je sens que mon espagnol progresse plus vite maintenant que je suis tout seul avec les autochtones.

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Dimanche 17 juin – 56ème jour

Réveil en sursaut ce matin ; il est « déjà » 6 h 45. il a plu toute la nuit et la journée ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices.

A 7 h 30, décollage immédiat ; à 8 h 30, premières gouttes et ensuite la sauce sur les collines dépouillées de la Castille, car je suis en Castille et ça change beaucoup.

Un paysage plus austère, un habitat plus modeste et un patrimoine immobilier beaucoup moins entretenu. Ce n’est plus la même région. La Navarre était riche et très autonome, la Castille paraît beaucoup plus pauvre.

Je passe toutefois au milieu du site archéologique de Atapuerca. Ça sonne mexicain, non? C’est là qu’a été mise à jour une civilisation pré-néandertalienne , ce me semble, avec l’homme d’Heidelberg. On s’instruit, même à pied !J'aurais du m'equiper de guetres (elles sont bien rangees dans mon sac), mais il est déjà trop tard pour y penser

Par contre la banlieue de Burgos c’est long et c’est chiant. Dix bornes de Z.I. c’est gonflant, surtout sous la flotte.

Elise me hèle d’un bistrot où je m’arrête prendre un croissant et un petit café. Elle attend Gilbert. Ils ont convenu de s’arrêter à « l’Albergue » de Burgos.

Quelques rayons de soleil me permettent de prendre quelques photos de la Cathédrale qui est vraiment superbe mais quand je découvre le fameux Albergue de Burgos dans son parc qui ressemble plus à un dépotoir de banlieue défavorisée qu’à un parc je préfère filer plus loin (10 kms) et m’arrêter à Tardajos.

C’est pas le luxe mais c’est propre. Il y a un bar et une auberge/restaurant pour ce soir. C’est plein de jeunes. Vu la météo rien d’étonnant.

Si vous voulez en savoir plus sachez que j’ai attaqué la montée vers l’immense plateau de la Meseta qui est, paraît-il, une glacière l’hiver et une fournaise l’été. On va voir ça. Pour l’instant c’est plutôt le frigo mal réglé, mais me voilà désormais sous la barre des 500 kms.

Lundi 18 juin – 57ème jour

Pour tout vous dire je n’ai pas peur de la Meseta. Après une bonne nuit j’ai décidé que j’avais maintenant les 30 kms/jour bien dans les jambes et j’embarque dès 7 h 15 en direction de CASTROJERIZ.

Temps nuageux mais ciel pas trop encombré, ligne vent de face ; j’attaque les premières parties à la fraîche et je suis franchement séduit par ce je découvre au fil des heures. Des océans de verdure qui moutonnent sous la brise, des écueils de roche éclaboussés de coquelicots nuancés du rouge à l’orange. Le tout sous un ciel bleu où vagabondent des nuages noirs sans ambition.

C’est vrai que j’ai de la chance d’être passé aujourd’hui. Il doit être des jours où ce n’est pas la même musique : l’hiver quand seule affleure la roche au ras des maigres herbages - l’été quand le temps des moissons est passé et que le soleil s’acharne sur les chaumes assoiffés.

Aujourd’hui non, c’est une sorte de désert végétal sans beaucoup d’ombrage et je me sens un peu comme ces ermites du désert qui n’ont que Dieu et/ou le vent pour confident. De temps à autre un sac oscille entre les haies de coquelicots et de bleuets, un autre pèlerin avance -------. On se double … « Buen Camino ». Tout le monde se répond. Le gite templier de Santo Antonio est en renovation...
J’ai bien les 30 kms dans les pattes … après une petite halte au frais d’un buisson j’arrive à Castrojeriz vers 14 h 30. C’est un gîte qui me plaît. On s’y sent tout de suite bien et je viens de lier connaissance avec une Italienne qui souffre de ne pas rencontrer de gens qui parlent sa langue. Trop d’Allemands dit-elle … et c’est un peu vrai !

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Mardi 19 juin – 58ème jour

Il est 14 h. L’étape est derrière moi. Lavé, repu, je viens de me faire un petit cours de grammaire avec la responsable du gîte sur la conjugaison des verbes en ir, en l’occurrence « escribir », ça change des « 27 kilomètres à pied ça use … ça use??

C’est la suite de la Meseta et sitôt passé la sortie de Castrojeriz me voilà planté sur une pente à 10% qui n’en finit pas.

C’est beaucoup plus aride que la veille ; avec ça le vent souffle de plus belle et la progression est un peu plus difficile surtout quand on l’a dans le nez. La couleur tire plutôt sur le jaune maintenant, les fleurs plus rares mais en touches jetées comme au hasard par un peintre fou illuminent les lisières des champs et le creux d’un chemin où la boue finit de sécher, composant une sorte de tôle ondulée difficile à marcher.

J’ai déjà perdu mon Italienne d’hier. Elle a bien du mal à marcher semble-t-il … mais je l’ai déjà remplacée dans la panoplie de mes accompagnatrices par une Suédoise, Léana, prof de théologie à l’université de Stockolm. Je ne parle pas encore suédois mais mon anglais suffit amplement pour les besoins de la cause.

Ainsi donc sitôt passé BOADILLA DEL CAMINO, je sais que je vais être sur place assez rapidement. Il me reste 5 kms qui longent en grande partie le canal de Castille. On se croirait du côté de Soncourt à part l’absence d’écluse car il s’agit d’un canal d’irrigation. (Il y a une écluse à Fromista, très belle d’ailleurs)

En attendant l’ouverture du gîte je fais la connaissance d’un Suisse habitué du Camino. Il va me filer des tuyaux pour la suite … ça peut servir !

Mercredi 20 juin – 59ème jour

Formalité ce matin – 21 kms. Aucune difficulté, c’est la plaine, pas une colline en vue. Un convoi de 40/50 pèlerins s’est ébranlé vers 7 H 30. A croire qu’ils se sont donné le mot. Je fais la lanterne rouge, le temps d’échauffer les muscles.

De temps en temps je passe le nez à la fenêtre comme les coureurs du tour de France, juste pour observer l’état des troupes. A 8 H 15 je mets le turbo en route et les kilomètres défilent à un bon rythme le long d’une rivière sur un petit chemin sablonneux et fleuri.

Il n’y a bientôt plus âme qui vive ; seules les grenouilles des roseaux me donnent leur aubade matinale.

Le menu végétal du jour est composé de luzerne, orge, betteraves et bosquets de peupliers. On se croirait presque dans le val de Saône. Il fait une légère brise.

Tout va bien. CARRION de LOS LONDES m’attend, déjà tout proche. Elise qui arrive par une autre voie me rejoint au passage. Je sais que Gilbert n’est pas loin.

Le temps de s’installer au gîte et le voilà qui pointe son museau. Nous allons boire un petit demi ensemble avant de filer dans un petit restaurant où le menu est royal : Paella – Cailles en sauce aux piments – Caillé de brebis (8 €). Je crois que ce soir je suis bon pour le jeûne ou à défaut une paire de tapas et un verre d’eau.

Il me reste à aller visiter CARRION. Je crois que c’était le bon choix à faire – mais avant ça il y a le tour de chant des petites sœurs Bénédictines de Carrion. Elle s’accompagne (la chanteuse)à la guitare et tout le monde s’y met et dans toutes les langues.

Il y avait une force dans cet instant magique difficile à exprimer, une sorte de communion joyeuse après les difficultés vécues dans la journée et oubliées dans cette joie communicative … une envie de rester encore longtemps ensemble, de partager tous ces chants connus ou inconnus comme « Gracias a la vida que me ha dado todo » et c’est vrai que la vie en ce jour m’a vraiment tout donné et surtout cette envie irrésistible d’aller jusqu’au terme d’un voyage dont je sens la fin avec déjà une certaine appréhension « Todo Cambia ! » « Vous serez tous chargés quand vous rentrerez » et je sais déjà que c’est vrai, mais jusqu’à quel point ?

On verra bien …

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Jeudi 21 juin – 60ème jour

Hier soir était une soirée à part dans ces 59 jours qui viennent de passer. Une sorte de point d’orgue ou comme l’a dit je ne sais qui : le point sur l’i du verbe aimer.

Les sœurs nous avaient proposé une rencontre musicale à 21 heures, quelques chants d’une exceptionnelle beauté et Sœur Maria toujours aussi souriante avec sa guitare, un sourire de Joconde , illuminé de douceur et de gentillesse.

Même le plus mécréant de tous les pèlerins ne pouvait pas rester insensible à cette expression d’un amour venu d’ailleurs. Il y avait dans l’air une sorte d’attente d’on ne savait trop quoi, la peur que ce ne soit trop vite fini.

L’une des sœurs s’est ensuite approchée de chacun de nous pour nous bénir comme l’aurait fait une mère avec son enfant et nous étions tous ses enfants.

Plus un bruit, on s’est tous regardés et on s’est mis à s’embrasser et à embrasser les sœurs, certains pleuraient (de joie ?) … Et j’ai pensé à cette phrase du Christ «Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux».

Voilà tel que je l’ai ressenti, mais c’était tellement personnel qu’à la limite j’aurais peut-être dû le garder pour moi.

Tout au long du chemin de ce jour (32 kms) j’ai repensé à cette soirée et j’ai à nouveau fait le tri dans mon cœur et dans ma tête. Çà finira bien par être propre à fond!

C’est toujours la Meseta et ça n’en finit pas. C’est devenu maintenant une grande plaine assez monotone, très ventée encore aujourd’hui. Un vent quasiment froid.

J’ai à nouveau perdu mes principaux compères mais quelle importance, j’avais envie d’être seul et seul j’ai marché jusqu’à Santo Nicolas del Camino Real … où j’ai quand même retrouvé un pote Sud Africain, Mickael et deux Canadiens qui ont rencontré Monique à Sorges ! Le monde est vraiment petit.

Vendredi 22 juin – 61ème jour

C’était un petit gîte bien tranquille. J’ai eu le temps de faire connaissance avec Gaëtan et Françoise, le couple canadien.

Ils ont suivi le guide de Monique mais sont partis un peu avant moi (le 20 avril) de La Souterraine mais ils ne peuvent pas trop dépasser 15 – 20 kms/jour. Ils passeront sûrement à Vézelay au retour. Je crois qu’on va en voir débarquer un paquet d’autres dans les mois à venir.

Je suis parti tard ce matin (8 H) pour cause de grasse matinée, une bonne nuit par là-dessus et voilà que je retrouve Elise à la porte qui arrive du village précédent. Nous avons à peu près le même rythme et nous décidons de faire « causette commune » jusqu’à Burgo Ranero (La cité des grenouilles).

Une petite photo de la Meseta aussi blonde que les champs d’avoine qui semblent être une culture importante dans ce secteur. Trajet un peu rectiligne. Chemins aux cailloux fuyants, pas très faciles à marcher, mais bon … on fait avec, comme avec le vent qui souffle toujours aussi frais, Nord-ouest, de face.

C’est bon pour la marche mais c’est vraiment surprenant pour la saison. Le gîte hier soir était même chauffé, c’est dire si ce n’est pas courant.

On a quelques nouvelles où ça souffre à l’arrière. Gilbert traîne toujours, Françoise essaie de se rapprocher et il semble qu’il y ait quelques arrêts et/ou hospitalisation … C’est le lot du chemin qui peut aussi bien tout donner que tout reprendre du jour au lendemain.

Je pense toujours passer LEON dans la journée de dimanche mais il paraît que ce week-end est une grande fête dans cette ville. On en saura un peu plus demain matin.

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Samedi 23 juin – 62ème jour

La nuit a été un peu agitée. Quelques pèlerins peu consciencieux ont tambouriné à la porte vers 22 h 30. Les auberges ferment à 22 h. Tout le monde le sait ! Pas d’excuses. Je suis de mauvais poil en partant.

Il est 6 h 10. Le jour n’est pas encore levé et les grenouilles des marais environnants justifient le nom de leur patelin.

Pour m’occuper l’esprit j’ai calculé qu’à raison d’un platane tous les 10 mètres et à l’allure où je marche, il y aura au bas mot 2 400 platanes sur le trajet. Forts de tous ces élément, êtes-vous capables de calculer la vitesse de croisière du pèlerin de ce matin. Si oui vous avez gagné un aller simple LEON – SANTIAGO … à pieds !

La Meseta tire à sa fin et il faut bien dire que cette étape du jour était un peu rasoir sur les bords, car à part ces pauvres platanes, le décor était plutôt maigre mais il fallait bien faire avec et se contenter du programme proposé.

Le vent à diminué et la température est montée. Je me sens d’attaque pour filer jusqu’à LEON mais la sagesse m’a dit de maintenir cette halte car le tintamarre de la fête qui se prépare ne m’intéresse pas du tout.

Ici à Puenta Villarente je me suis trouvé une auberge à l’écart de la route et à proximité immédiate du village. Une grosse sieste de 2 h 30 m’a remis sur pieds pour la suite.

Dimanche 24 juin – 63ème jour

J’avais prévu une petite étape de 21 kms jusqu’à « Virgen del Camino ». Au départ on supporte le blouson mais peu avant l’entrée de LEON, les conditions sont réunies pour se mettre à son aise …

La cathédrale est repérable de loin et facile d’accès. Elle est superbe, c’est le moins qu’on puisse dire. La ville est encore mal réveillée de sa nuit de fête et les petites rues du centre sont surtout envahies de pochetrons et pochetronnes de mauvaise compagnie qui finissent de cuver leur vin ou leurs bières de la nuit.

Décidément les grandes villes c’est toujours pareil, une sorte de zone de non droit et de non respect des normes minimum d'amour propre et de consideration vis a vis des autres … enfin bref, c’est ainsi et du coup je ne m’attarde pas trop à Léon pour filer vers Virgen del Camino. Il est 11 H 15, le temps de se refaire une santé et de filer un peu plus loin par des chemins arides et désolés qui mènent à proximité d’HOSPITAL de ORBIGO où je passerai demain matin.

Je viens en fait de couvrir 36 kms d’une traite et tout semble aller pour le mieux. Cela me permettra de souffler un peu avant d’attaquer le redoutable CEBREIRO d’ici 130 kilomètres environ, soit pour jeudi en principe … car toutes les théories et les prévisions changent d’un jour à l’autre.

J’ai eu Jean Péduzzi au téléphone pour lui souhaiter son anniversaire et sa fête. Il était aux anges et cela lui donne l’occasion de partager un peu de ce chemin avec moi et ses amis et je trouve que c’est une bonne chose.

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Lundi 25 juin – 64ème jour

ASTORGA n’est pas bien loin et les 27 kms qui m’en séparent suffiront à mon bonheur du jour. Le vent est toujours aussi frais pour ne pas dire froid. Petit arrêt après une heure de marche pour compléter le tout petit déjeuner que j’ai pris ce matin pour cause de négligence et c’est reparti.

Je traverse le vieux pont d’Hospital de Orbigo et pas de problèmes particuliers jusqu’à St Ibanez de Valdieglesias où ça commence à grimper. Je n’ai plus l’habitude et surtout on est déjà à 900 m d’altitude depuis Léon.

Le vent souffle de côté – très froid et voilà que la fringale me surprend et je n’ai rien pris à manger, comptant arriver dans des villages, où seules les chèvres et les cigognes me jetteront un coup d’œil curieux, pour acheter quelques provisions : Nada Nadie!!!

Il va falloir trouver une solution … Personne devant, personne derrière, ou alors très loin. Je ne vais pas attendre pour faire la manche et mendier un croûton. Ça serait trop long et ça ne me gênerait pas outre mesure.

Et voilà qu’au bord du chemin j’aperçois un énorme rosé des prés de la taille de mon poing. Nickel, j’époussette l’objet et je m’en fait un bon casse-croûte agrémenté d’une poignée de grains d’orge récoltés dans les champs à côté.

Ça permet de tenir le coup jusqu’à Astorga et de me précipiter dans le petit restau à côté de la Cathédrale où je rétablis la situation. On ne m’y reprendra pas et surtout que la montagne approche et les cols sont à 1 500 mètres. Il n’y a plus qu’à espérer que la pluie ne s’y mettra pas. En prime je n’ai plus de pull. Mon gris est resté en rade dans un gîte quelconque. Ça allège mon sac.

Mardi 26 juin – 65ème jour

Sept heures, l’heure des braves. Aujourd’hui ce sera la mienne---. Il fait toujours aussi frais mais le soleil est là et le moral est bon. Astorga est vite derrière moi mais je me suis promis une étape tranquille et sans ambition sportive ou chronométrique particulière.

Chemin faisant je rejoins deux anciennes connaissances du Camino perdues de vue, depuis St Jean Pied de Port pour Evelyne, Estella pour Jean-Philippe (le Canadien). Pour une surprise c’en est bien une ! On se croyait mutuellement perdus corps et biens dans une quelconque étape.

La route s’élève gentiment et progressivement. La végétation se fait plus rare et plus sèche, plus fleurie aussi. C’est la montagne qui revient et je me dis qu’il va bien falloir passer tout cela tôt ou tard.

En effet d’Astorga (850 m) on se retrouve à Rabanal d’El Camino (à 1 180 m) au bout d’une vingtaine de kilomètres en 4 petites heures de marche, mais ce n’est qu’un apéritif! Le chemin se fait brutalement plus exigeant. Il faut sortir la gourde régulièrement.

Echaudé par ma mésaventure de la veille je me fais un petit extra vitaminé et fruité avant d’attaquer les choses sérieuses.

Malgré l’heure le vent est toujours aussi frais mais on ne passe pas impunément de 1 200 m à 1 450 mètres en 5 kms sans connaître les conditions météorologiques propres à la montagne.

Je débouche enfin sur FONCEBADON. La halte sera la bienvenue comme on peut s’en douter. J’y retrouve un troisième larron, un des mousquetaires de Toulouse !

On réfléchit mieux en grimpant, cela demande moins d’attention aux aspérités et pièges divers du chemin. Ça permet de faire encore un peu de tri dans toutes les idées qui me trottent dans la tête. J’essaie de chasser celles qui me rappellent un peu trop le boulot et d’apprivoiser celles que je vais bien devoir mettre en pratique si je veux être conforme à cet espèce de renouveau que je sens en moi. Qu’en restera-t-il une fois repris contact avec la réalité ?

La mienne, c’est demain le col dela croix de fer et la descente « vertigineuse » sur Ponferrade à 580 m (800 m de dénivelé en 28 kms).

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Mercredi 27 juin – 66ème jour

J’ai finalement récupéré un pull (à manches courtes, mais c’est mieux que rien). Tout vient à point à qui sait attendre. J’ai été nourri par les fruits du chemin, me voilà vêtu par un pèlerin étourdi … et ce matin ce n’est vraiment pas un luxe. Il doit faire 4/5° au maximum mais comme ça monte encore, au bout de 10 minutes je suis déjà chaud.

Le col de la « Cruz de Ferro » est à 1 550 m et le panorama est tout simplement éblouissant. Les genêts, les bruyères me font une haie royale dans un univers minéral chaotique de pierres tirant sur le rouge et l’ocre. Un paysage changeant selon les variations d’altitude, du semi désertique aux petits vallons ombragés et ruisselants de fraîcheur, on traverse des villages totalement inattendus, les maisons sont pimpantes, fleuries aux balcons, les couleurs vives.

Le granit est le matériau de base. On se rapproche de la Gallice et la Castille s’efface. C’est désormais l’ardoise qui couvre les toitures. La vigne est réapparue. Elle est ici associée aux cerisiers qui croulent sous des grappes de cerises que je croque au passage.

C’est vraiment une des plus splendides étapes de ce périple. J’ai absorbé tout ce que j’ai pu, à pleine vue, toutes oreilles attentives, le nez au vent, le soleil et le vent caressent mes bras nus.

Je fais vraiment partie de cet univers où longuement je chemine comme accroché aux nuages par quelque fil magique. Je n’ai qu’une compagne ce matin qui ne me lâche pas, c’est mon ombre qui file devant moi, attentive au moindre faux pas, c’est que les ravins sont parfois proches et ce serait dommage si près du but.

A MOLINACECA je retrouve deux copains, le temps d’un boccadillo et d’une pression et c’est reparti jusqu’à Ponferrada. J’écris sous l’ombrage d’un patio agrémenté d’un jet d’eau, à l’auberge Saint Nicolas de FLUE (Ah ces Suisses, ils n’ont pas inventé que les Riccola …) un nom assez inattendu dans cette contrée. Information prise, l’auberge porte ce nom suite au don de « Ursula et Joseph LEUTENEGGEN », pèlerins Suisses qui ont financé en grande partie cet Albergue de Los Peregrinos.

J’ai fait un petit tour à la Chapelle qui était ouverte. On ne dit jamais assez merci pour tout ce qui nous est donné. Voilà qui est fait. C’est l’heure de la détente et on étudie déjà l’étape de demain. A priori c’est de la rigolade par rapport à celle qui vient de s’achever.

Jeudi 28 juin – 67ème jour

Et elle se déroule plutôt agréablement, mais on sent déjà que la chaleur va être l’élément nouveau de ces prochains jours ; une toute petite route file dans les premiers coteaux du vignoble réputé du Bierzo.

C’est tout d’abord une plaine agrémentée de jardins potagers et de cerisiers. L’irrigation apporte ses bienfaits à toute cette végétation. On sent qu’on est à nouveau dans une zone plus riche et plus fertile.

Comme partout l’Espagne construit et rénove avec ses fonds européens. A Ponferrada, ils ont tellement bien retapé le « Castillo » qu’on le croirait presque neuf, un peu trop probablement.

Heureusement les vieilles maisons des petits villages sont un peu mieux respectées et cela donne des résultats plutôt réussis. Comme la France des années 50/60 l’Espagne a plutôt tendance à démolir son patrimoine ancien et à faire du faux vieux en neuf, mais il me semble que le mouvement est en train de s’inverser.
Le village de Cacabelos porte un bien curieux nom, mais ce n'est pas de sa faute;il s'agit d'un village vigneron qui a bien du charme!

A Villafranca, terme prévu de l’étape j’ai opté pour rallonger jusqu’à PEJERE afin de prendre 7 kms d’avance pour aborder le CEBREIRO demain matin car on va se payer la petite fantaisie de monter de 700 m sur 7 kms (pour les forts en maths, ça fait 100 m au kilomètre). Avec un sac à dos de 10 kilos il faut quand même les avaler et autant partir à la fraîche.

En attendant après le vignoble et ses cerisiers abondants, le petit acompte de ce début d’après-midi sous un soleil de plomb laisse augurer des heures difficiles pour demain. Avant la sieste je suis vite allé me refaire une santé au petit restaurant du village en compagnie d’un Espagnol. Mes connaissances se sont améliorées mais rien ne vaut la pratique.

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Vendredi 29 juin – 68ème jour

J’ai oublié de vous dire qu’hier Pejere c’est tout petit mais ça change des auberges de grandes villes. Il fallait arriver tôt car il n’y a que 30 places mais c’est vraiment autre chose.

Le linge se lave au milieu du jardin et on fait la causette comme les lavandières d’autrefois. Le linge lavé sèche ensuite sur les clôtures de jardin, en plein soleil. Pendant ce temps on fait ses petites pages d’écriture, d’autres font la sieste, les filles bavardent et ça calcule à qui mieux mieux pour connaître le jour probable d’arrivée.

Aux dernières nouvelles les congés espagnols vont débuter le 1er juillet et avec eux la courses aux gîtes le soir car c’est un sport national en Espagne de faire pendant les vacances les 100 kms qui séparent SARRIA de SANTIAGO avec bobonne et l’appareil photos, l’accoutrement flambant neuf de la tenue du parfait Peregrino tiré à quatre épingles, barbe rasée, cheveux gominés … etc.

Je vous dirai si c’est vrai, toujours est-il que depuis quelques temps une nouvelle race de « pèlerin allégé » vient d’apparaître sur le chemin dont l’authenticité laisse à désirer mais, bon …

Qu’est-ce qu’un vrai, un faux ? Chacun a ses objectifs ou n’en a pas. Certains croient, d’autres pas du tout. Il y en a qui sont partis sans trop savoir pourquoi et qui iront néanmoins jusqu’au bout pour en avoir le cœur net (toyé ?). Mais tout cela fait bon ménage et c’est bien ainsi.

En tout cas, tout le monde sur le pont aujourd’hui, pour cause de Cebreiro, On en a tellement entendu parler que tout le monde s’est fait sa petite idée sur le sujet et mon avis c’est que ça ne devrait pas être de la tarte …

Après 3 heures en fond de vallée, voilà que brutalement la route se met à grimper, d’abord progressivement puis de plus en plus sèchement. Ça tire d’un peu partout, bras, genoux, jambes, tout y passe, et les litres d’eau je ne les compte plus. Heureusement que nous sommes partis de bonne heure mais le spectacle en vaut la peine.

Je passe mon temps à m’arrêter et à regarder. C’est beau de partout. Le ciel est bleu, le soleil cogne mais j’avance. Les cyclistes sont à l’agonie et s’allongent régulièrement à l’ombre des maigres arbustes. A 13 h 30 j’arrive au Cebreiro. Sept heures en tout mais je ne vous fais de dessin sur les 2 ou 3 derniers kilomètres.

Reste que nous allons nous faire une bonne petite soirée avant de piquer sur Santiago demain matin. Mes calculs semblent corrects et j’y serai sans doute mercredi 4 juillet ou jeudi 5 juillet.

Samedi 30 juin – 69ème jour

Me voilà installé sur ma terrasse face aux montagnes que je viens de dévaler ce matin. Il faut dire que sur 14 kms on descend de 700 mètres. Ce qui n’est pas rien et qui fait bien plus mal aux jambes que la montée équivalente.

C’est en fait la chaleur qui m’a décidé de m’arrêter à Triacastela. En prime le village est plutôt sympa. On y trouve tout et les séjours y sont un peu plus vivants.

J’ai échappé à la vigilance de mes partenaires, mais ils doivent être dans le secteur. On verra ça ce soir. Il n’y a aucune embrouille mais j’avais envie de me retrouver un peu plus tranquille à brasser mes différentes pensées, à rechercher les visages croisés sur le chemin, à retrouver les lieux et à chaque étape répertoriée, il y a toujours comme un flash intérieur sur un moment précis de la journée.

Avec l’Espagne c’est plus difficile car je ne connais pas suffisamment sa géographie … mais avec l’aide de mon petit cahier ça va venir aussi.

Sancho Pança est un petit chien qui nous accompagne depuis Santacatalina (parcours du 65ème jour – le 26 juin). Il a suivi Michel puis a été depuis adopté par Keith qu’il ne lâche plus. Il était encore avec nous au Cebreiro ce matin et je lui ai tiré le portrait. J’ai informé Keith que son chien était en fait une chienne (surprise générale) du coup elle est devenue Sanchetta et est promise à un bel avenir irlandais.

Les pèlerins touristes ont commencé à se manifester dès ce matin. Il y avait la queue au gîte de la « Xunta ». Alors ,c’est le moment de vous expliquer qu’il existe deux sortes de gîtes.

Les municipaux : en principe 3 Euros : ou gratuits : ou donativo (tu donnes ce que tu veux) et les gîtes privés entre cinq et sept Euros … en principe plus confortables mais pas systématiquement. Dortoirs de 4 – 8 – 12 – 24 voir 60 à 80 lits. Roncevaux (photo du 5 juin – n° 14) : 120 lits. On s’habitue à tout mais ce n’est ni l’enfer, ni le paradis.

Certains proposent le petit déjeuner (2 à 3 Euros), certains le repas du soir (s’il n’y a pas d’auberge ou restaurant). Beaucoup d’hôtels-restaurants gèrent en parallèle un gîte. Il s’est constitué toute une activité économique importante … sur le Camino, sans parler des vendeurs de bâtons, de chapeaux et de fruits aux abords des villages.

C’est vraiment un petit monde à part dont je sens que je vais bientôt devoir me séparer mais je me réjouis déjà de retrouver tous ceux que j’aime. C’est un sentiment mélangé et partagé de joie et de regret.

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Dimanche 1er juillet – 70ème jour

Ce matin je suis de très mauvaise humeur : un salopard m’a piqué mon bâton dans la soirée. Ce n’était qu’un bâton mais c’était le mien.

J’ai passé la matinée à ruminer et prêt à donner une bonne correction au malandrin si je le retrouvais. Qui sait, peut-être à Santiago ? La pluie s’en est mêlée, pas méchante mais qui ne permettait pas trop de savoir s’il fallait mettre l’imper ou non ?

Je me suis réveillé très tard ce matin ; j’étais tout seul dans ma petite chambrée de 4 et les autres chambres étaient également vides. Une branche de châtaignier à remplacé mon ancien bambou pour le trajet. Un peu trop lourd à mon goût. Je me suis offert un vrai bâton en arrivant à SARRIA.

On dirait que la ville vient de subir un bombardement tant les rues sont défoncées pour cause de travaux. Ici aussi on remet tout aux normes.

Le gîte municipal est un peu spartiate mais ça m’ira fort bien. J’ai retrouvé l’essentiel des troupes dispersé dans la ville et à 14 h 30 (ça y est je me mets à l’heure espagnole) je suis allé me requinquer dans un petit restaurant avec un pote Canadien (Jean-Philippe) que vous verrez peut-être un jour à Vézelay lui aussi.

Demain direction Porto Marin et passage sous la barre des 100 kilomètres (SARRIA).

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Lundi 2 juillet – 71ème jour

Le départ de Sarria est assez raide … et me voilà vite un peu essoufflé mais ce n’est pas bien grave et ça devrait aller. L’ennui est que c’est toujours de là que viennent les problèmes, c’est le pied droit et son petit orteil en lambeaux pour cause de friction. Je soigne ça tant bien que mal tous les soirs et ça se gâte après quelques kilomètres le lendemain.

L’idéal est de ne pas s’arrêter et de souffrir une bonne fois pour toutes, mais la souffrance ne saurait être un idéal en soi. J’ai pris le parti de l’accepter sans trop maugréer mais ça fait terriblement mal. Je vais essayer les sandales demain matin, en ralentissant l’allure peut-être que ça ira ?

Malgré tout j’ai eu tout le loisir de me régaler de petits chemins creux en descendant tranquillement à travers cette belle Gallice qui paraît avoir encore beaucoup de retard sur le plan économique.

L’activité y est essentiellement rurale, élevage orin et bovin. Beaucoup de petites fermes, des pâtures et du maïs à peu près partout.

J’ai parlé trop vite de descente car voilà que ça remonte sur Porto Marin ; la ville a été engloutie dans le lac qu’elle surplombe aujourd’hui mais les bâtiments principaux dont l’Eglise du XIème siècle ont été démontés et remontés dans les années 60 comme les temples égyptiens, et le résultat est fort séduisant. Les enfants sont en vacances, le soleil est là et les joies de l’eau …

Rapide casse-croûte sous les arcades et c’est reparti jusqu’à Castromayor et son hameau de Hospital da Cruz. Superbe gîte, mais c’est la cambrouze rase et profonde. Çà ira quand même : SANTIAGO : 78 KMS.

Mardi 3 juillet – 72ème jour

Cette fois c’est reparti pour la pluie ! Pas facile dans ces conditions d’utiliser les sandales. L’horizon est bouché, le ciel bas, un vrai temps breton et c’est vrai que ça ressemble sérieusement à la Bretagne en dehors de quelques points de détail comme le Caldo Verde et les eucalyptus.

Mais le reste, tout y est: le granit, les fougères, les hortensias, les vaches laitières, les cochons. A vrai dire je n’ai pas trop le temps de me plonger dans les contemplations bucoliques ou non. Il me faut avancer malgré mon pied et la flotte.

Je dois avouer que je suis presque tenté de prendre un bus ou un taxi tellement c’est chiant. Il me faut un peu de carburant : halte au premier troquet où je m’arrête trempé pour m’enfiler une omelette, une tartine, un café au lait et un jus d’orange..

L’auberge de Melide n’est pas géniale mais on n’est pas là pour ça. En prime elle est pleine à craquer de jeunes pèlerins » espagnols assez bruyants. Santiago n’est plus très loin et je me demande bien comment ça va se passer à l’arrivée. Finisterra? Je ne sais pas encore, en tous cas, pas à pieds!

La seule certitude c’est que je serai à Santiago le 5 juillet et comme c’est notre anniversaire de mariage c’est un peu un cadeau que je nous fais à Marie-Laure et à moi pour marquer cette date.

Tout s’est arrangé pour que ça tombe ce jour-là mais il aura fallu que je sois ralenti par ma tendinite, il aura fallu que je rallonge quelques étapes de 30 kms et plus… Et maintenant depuis 3 jours ce foutu doigt de pied. A dire vrai en voyant les démarches de certains, je ne suis pas le seul!

Marie-Laure m’a appris hier la disparition de mon copain Patrick (dit le notaire). C’est triste mais ce n’est pas une surprise. J’ai pensé à lui et à ses filles, à sa femme et à toute cette vie de merde qu’il s’est imposé et qu’il a imposé aux autres par sa maladie d’alcool.

Demain je rappellerai Monique pour préciser mon arrivée à Santiago et mettre au point les questions techniques à voir avec le Chanoine de la Cathédrale pour la messe que je voudrais faire dire pour Jean-Charles. C’est le moins que je puisse faire car tous deux sont pour beaucoup dans cette marche pèlerine et dans ce que j’ai fait à titre personnel.

En relisant mon Crédential et ses commandements, je crois que je ne suis pas loin du compte dans l’esprit de ce qu’il souhaite mettre en exergue. Ce n’est pas de l’auto-satisfaction, je crois que de ce côté-là c’est de l’histoire ancienne. Je sais définitivement que je ne suis pas le meilleur même si j’ai quelques qualité ou/et facilités et que j’ai beaucoup à apprendre des autres et sur les autres.

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Mercredi 4 juillet – 73ème jour

Et voilà, il fallait bien que cela arrive : A l’issue de ce 73ème jour de marche je suis arrivé aux portes de Santiago.

A Santa IRENA, précisément, soit à 20 kms de la Cathédrale. Journée un peu bizarre. Après un bon petit déjeuner je m’élance vers 7 h 30. Tout seul comme souvent, mais je m’en fous, je n’ai pas l’intention d’aller vite, je ne sais d’ailleurs même pas où je vais, mais j’y vais.

Le soleil est revenu, un petit vent frais me caresse la peau, si bien qu’après une petite heure me voilà en tee-shirt à croquer des framboises au bord de la route, pardon du chemin.

Bois moussus et feuillus, châtaigniers, chênes et beaucoup d’eucalyptus, petits villages aux hortensias d’un vrai bleu breton, pâturages, prairies, à nouveau forêts ombragées … Tiens n’y aurait-il pas des girolles dans le coin?

Et bien oui et me voilà parti en cueillette pour une hypothétique omelette, que j’en manque louper le fléchage parfois un peu léger. Mais de ce côté-là je n’ai pas beaucoup changé, il faut que je fouine dès que cela me paraît propice.

Comme vous le voyez c’est presque de la balade touristique (sauf le pied qui me lance toujours régulièrement) et voilà qu’après 15 kms j’arrive à ARZUA où j’aperçois mon pote Claude (Suisse) affalé à une terrasse.

Michel a disparu (Toulouse). Toujours pressé il a abandonné mon petit Suisse qui a des problèmes de tendinite et de dos. Il pense rester là … mais après un second petit déjeuner avec moi, nous voilà repartis tous les deux, plus ou moins éclopés.

Petit arrêt buffet au troquet de Calle pour se caler un petit creux et du coup nous voici arrivés à Santa Irena … et donc aux portes de Santiago.

Reste à s’organiser pour cette journée de demain : une seule certitude, je n’ai aucune intention de passer la nuit dans le super gîte de 1968 places (c’est bien ça !). Je crois que ça devrait aller car à marche forcée les deux-trois jours précédents on a perdu de vue les touristes fringants qui sont partis samedi ou dimanche.

Jeudi 5 juillet – 74ème jour

C’est quand même beau d’arriver à Santiago le jour même de notre anniversaire de mariage. Je mijotais ça dans ma petite tête depuis longtemps, sans trop savoir si c’était réaliste ou pas. C’EST FAIT et le final s’est déroulé sous un ciel magnifique.

Ça rappelait un peu la fin du tour de France. On s’y est dirigé à petite allure vers cette terre promise, fin de nos diverses douleurs et de notre pèlerinage.

Tout le monde se connaît ou reconnaît. Arrêt au kilomètre 10 pour un petit déjeuner bienvenu. Arrêt au Montegozzo. Première vision de Santiago : BOF c’est une ville banale et le vieux centre historique arrive enfin. Je reconnais les lieux visités en 1982.

Je ne vais pas vous raconter d’histoire. Je ne me suis pas du tout senti perdu ou égaré. Je suis plutôt soulagé d’être arrivé sans encombre. J’ai eu le temps d’organiser mon retour, de faire la fête avec des amis et de préparer l’office de demain en mémoire de Jean-Charles. J’y tenais beaucoup et quand j’ai rappelé Monique je suis tombé sur le répondeur et c’est lui qui me parlait – étrange sentiment.

Que les choses soient ce qu’elles doivent être, ne pas se laisser impressionner par tout ce qu’on a pu dire au préalable, être soi-même tout simplement et c’est je crois la grande leçon de cette expérience

« Deviens toi-même si tu n’as pas sur le faire jusqu’alors ou si les autres t’ont imposé une image qui n’est pas la tienne ».

Vendredi 7 juillet – 75ème jour

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Samedi 8 juillet – 76ème jour

C’est l’option bus que j’ai choisie en définitive, pour la raison toute simple qu’elle n’est pas trop expéditive et quelle me laisse le temps de réaliser et d’apprivoiser cette nouvelle réalité : c’est fini.

Fini dans mes jambes, mais pas dans ma tête. A la messe de ce matin j’ai beaucoup pensé à Jean-Charles bien sûr, mais aussi à Monique. Il nous a laissés définitivement seuls, surtout elle, du moins en langage terrestre et humain.

Je vous ai tous laissés et jusqu’alors, provisoirement, pour vivre mon rêve, et non plus pour rêver ma vie et c’était important pour moi que ce soit ainsi.

J’écris ces lignes dans le train qui me ramène de Lyon vers Dijon et j’ai plein d’idées qui se bousculent dans ma tête.

Je ne sais pas si cela doit être une sorte de conclusion, appelons-la ainsi: On trouve des traces de Dieu jusqu’au bout du monde et ce Finistera Espagnole c’était un peu mon bout du monde à moi, avec celui du moyen-âge et des bâtisseurs de Cathédrales, mais c’est au fond du cœur de l’homme et dans son propre cœur, pour peu qu’on sache faire silence, qu’on trouve Dieu; mais peut-être est-ce lui qui m’a trouvé ou retrouvé?

Mon souvenir le plus marquant en intensité sera toujours cette soirée chez les sœurs de Carion de los Condes où il s’est vraiment passé quelque chose d’irréel et tant pis si vous me prenez pour un illuminé, les sapins de Noël le sont bien alors, pourquoi pas moi?

Epilogue

Et voilà,deux mois se sont écoulés depuis mon retour. J'ai retrouvé les miens avec joie, mes habitudes aussi. Pas toutes, et c'est bien ainsi.
Il paraît que je n'ai pas trop changé, à part les 10 kilos que j'ai perdus en route, allez savoir où...
Comme le dit le Renard du Petit prince on ne voit bien qu'avec le coeur, l'essentiel est invisible pour les yeux. Il me convient parfaitement d'être ce renard... Libre et indépendant, mais pour qui connait l'histoire, si sage et rempli de tendresse

 

Compostelle 2007.

Alain, pèlerin ordinaire.

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