Les amis de Saint-Jacques

Chemin faisant

 

VEZELAY – ST JACQUES DE COMPOSTELLE

Avril à juillet 2007Première de couverturte de "Chemin faisant"

Prologue
Novembre 2006, voici qu'est arrivé le temps de la préparation.
J'ai arrêté la date de mon départ; ce sera le 23 avril 2007. Ne me demandez pas pourquoi? C'est comme ça, le 23, et pas un autre jour. C'est celui de la Saint Georges et je ne pars pourtant pas pour terrasser le moindre dragon.

Mon rêve va se réaliser, mais je ne sais pas encore très bien pourquoi je pars. Mélange de rêves anciens de voyages initiatiques, d'aventure (spirituelle, religieuse, ou simplement sportive). Ma seule certitude, c'est que je pars en pèlerin, pas en randonneur. Ce n'est pas le même monde. Ni meilleurs ni pire.
Tout comme Paul Claudel, j'ai envie de dire que je n'ai rien à offrir, ni rien à demander. Le chemin se chargera de m'aider à trouver les mots que je pourrai mettre sur cette aventure, à leur donner leur éclairage final.

Je sais que cette envie de partir, elle est profondément inscrite en moi depuis très longtemps, même si certains s'en gaussent et ont du mal à y croire.
Tout est plus facile maintenant que la date est choisie. Le compte à rebours est commencé : 6 mois, 3 mois, 1 mois... Les jours défilent et la tension monte. Je sens l'angoisse s'insinuer en moi. Je la contiens en comptant les jours un à un, comme pour les faire durer plus longtemps et maîtriser leur course folle.
La dernière semaine est arrivée, et c'est déjà demain. Mon Dieu, ne pas flancher. Il faut y aller, comme sur une ligne de départ, et l'arrivée est encore si loin!!
Ça donne un peu le vertige: dans mon cœur, je suis déjà loin, mais encore tout englué dans tous ces liens qui me retiennent ici, sur la place du champ de foire à Vézelay.

Vézelay, lundi 23 avril 2007

Tout fini par arriver et même moi j’étais surpris et un peu inquiet (pour ne pas dire plus) devant ce départ si longtemps évoqué mais tout à coup si imminent, si proche et déjà du passé.

Je suis allé à la messe à La Cordelle comme pour mieux apprivoiser l’instant et peut-être le Bon Dieu lui-même, après tout un pèlerinage ce n’est pas une randonnée même si cela peut parfois en avoir les couleurs et les rites.
Il paraît que je vais revenir changé, que pour certains ce sera une bonne période de vacances, mais nous verrons bien. Quelque chose me dit qu’il y a du vrai dans tout cela et que cette route sera comme un révélateur à défaut d’une révélation.

Bizarre ce départ entouré de tous les amis de Vézelay et mon Timéo tout timide, caché derrière la porte de la chambre et qui attendait son câlin.
A son âge j’étais aussi caché derrière une porte, mon papa partait pour l’Indochine et mon intuition d’enfant me disait que je ne le reverrais pas.

J’ai rendez-vous avec Timéo et sa maman le vendredi 27 avril à Saint Pierre le Moutier (après Nevers) mais d’ici là il va falloir effacer les kilomètres. Il a fait chaud aujourd’hui mais tout la nature chante les merveilles de la création, du plus ténu bourdonnement d’abeille au ramage des oiseaux des bois à la palette des fleurs des champs....

Même moi je sens bon, je sors de la douche. J’ai fait ma lessive, le gîte de Saint Léonard (Sœurs de la Sainte Famille) est remarquablement équipé et William m’attend pour aller boire une bonne bière après les vêpres.

Brave William, on s’est fait un repas pèlerin à la Grange aux Loups (sanglier) et nous avons terminé la soirée devant un whisky écossais.

William et moi devant un whisky écossais

Mardi 24 avril – 2ème jour

Le ciel est toujours aussi bleu et la machine semble tenir le coup; en route pour Saint Révérien, visite de la tuilerie de Corbigny (il fait presque frais quand on ressort). Je laisse sur ma droite les deux monuments historiques de Corbigny: des pissotières d’époque et qui fonctionnent encore et le monument de «l’Emeraude» même éclairé la nuit. Il s’agit d’un avion chargé de personnalités en provenance d’Indochine qui s’est écrasé sur Corbigny dans les années 1930 …. Le commerce local s’en souvient encore!

Je reconnais les villages où je suis passé maintes fois ,mais à pieds tout change. On ne voit plus du tout les choses de la même façon et je me crois déjà au bout du monde alors que Vézelay  ne sera jamais ce soir qu' à 50 Km. C’est une journée chaude mais j’avance bien malgré le poids du sac. Les jambes et les pieds tiennent bon  mais les épaules tirent un peu et je sens que demain ce ne sera pas une sinécure.

J’ai emmené un peu de lecture et j’en ai trouvé en route. J’ai cru que c’était des coïncidences ou des hasards mais non c’est autre chose. J’ai lu, il y a peu que le hasard c’était la façon qu’avait  Dieu de passer incognito. La définition me semble bonne et si le pèlerinage c’est déjà sortir de soi-même, partir c’est bien me quitter moi-même pour me trouver moi-même et mon être véritable.

Ça commence fort, non?.. Tout cela ne me dit pas ce que je vais manger ce soir et demain matin car le bled est aussi mort que les deux vaches que j’ai croisées depuis mon départ ,les quatre fers en l’air et la panse gonflée. Il est 18 h. J’ai pris ma douche, visité la superbe église Clunisienne de St Révérien (du moins ce qu’il en reste car à l’extérieur c’est plutôt quelconque!). J’attends le taulier qui est au courant de mon arrivée. J’ai repéré un paquet de spaghetti qui fera mon affaire ce soir …. Et pourquoi pas au petit-déjeuner demain matin? Vu qu’il y a même de la sauce tomate.

Vue d'un champs

M. Burin est passé et m’a bien confirmé que c’était la zone; le boulanger a levé le pied, le restaurant a foutu les impôts à la porte et accroché une pancarte «A vendre» (ses murs mais pas sa popote).

Mes pâtes étaient mangeables, avec un bol de Royco, un croûton sec et un verre d’eau, une pomme en dessert et pour demain, vogue la galère. Marie-Laure m’a appelé, la météo annonce encore du chaud. Si je me réveille, je partirai tôt.

Mercredi 25 avril – 3ème jour

J’ai mal dormi grâce au petit con qui faisait son tour de mobylette toutes les 1/2 heures. Les distractions campagnardes sont rares. Pour compléter le tableau le refuge est à une encablure de l’église qui sonne les 1/2 heures et qui répète les heures.

Bref, à 7 heures je suis déjà sur le pont prêt à affronter la traversée quotidienne. Bon vent moussaillon!…
Le démarrage n’est pas trop poussif et le diesel interne ronronne doucement. ça commence par une pente bien raide à travers bois. Un troupeau de poules m’a aperçu et se précipite à ma rencontre «Mais non les filles c’est pas moi le fermier et encore moins la fermière!».

Je viens de réaliser que je suis trop discipliné et je décide illico d’abandonner cette marge qui gâche de la place et est juste bonne à prendre des mauvaises notes du lecteur éventuel. (Il s’agit de la marge de mon cahier).

Le rythme aidant me voilà arrivé à Prémery à 11 h 45, le temps de perdre mes lunettes de soleil à l’arrêt pipi. Le PMU local me sert de point d’ancrage pour le casse-croûte moyen du Français moyen: sandwich jambon – pression – calendos – coup de fil mais juré craché je ne passe pas au guichet et après une bonne heure d’arrêt et comme Prémery n’est pas Saint Tropez  je décide de doubler la mise et je mets le cap sur Guérigny, Cap de Bonne Espérance dans ma tête ….

Qu’est-ce que c’est que 18 Km de plus après tout? C’est simplement le double mais ça change tout et l’été qui fait mine de s’installer, une côte à 5 % qui n’en finit pas et il me semble opportun d’aller somnoler sous l’ombrage d’un bouquet de chênes.

Mais que les derniers kilomètres sont longs! … Le ciel me tombe sur la tête à Guérigny. Plus de place dans le 1er hôtel, ni dans l’autre pour cause de Bol d’Or. Pas de bol pour moi donc, sauf que le curé du coin m’offre gentiment sa salle de caté et un point d’eau avec même des toilettes; une brave dame qui participait à une réunion biblique dans la salle voisine m’a apporté un matelas pneumatique, livré pendant qu’à pas menus et comptés j’allais dévorer une pizza à côté.

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Chance pour moi ce matin je réalise que je suis juste sur la bonne route pour Nevers et nous sommes le

Jeudi 26 avril – 4ème jour

Il a plu cette nuit, le ciel est douteux et moi dubitatif. Comment vais-je m’équiper? Comme d’hab… Mais ça ne sent pas la flotte. Alors lève-toi et marche fainéant. Nevers n’est pas loin et sans forcer me voilà aux portes de la ville vers midi. Le temps de faire le point et j’arrive au bord de la Loire. Un petit moules frites et un coup de blanc ça ravigote le client qui se dirige dare-dare chez les Sœurs de la Visitation – 49, route des Saulaies 58000 NEVERS – 03.86.57.30.40 – E.mel visit58@wanadoo.fr.

 

Sympa comme tout, le cadre va avec. A 15 h, douché, lessive faite je m’octroie une petite sieste d’une bonne heure, c’est que demain ça ne rigole pas, c’est reparti pour 30 bornes (sans erreur de parcours).Une vue

Repas pris au réfectoire avec une Dame seule qui vient d’Autun et deux bonnes Sœurs en goguette, de Fougères. Chacun se raconte un peu, on range la vaisselle mais mon rôle reste modeste car les trois femmes trouvent mon activité superflue. Elles ont reçu une bonne éducation!

Allez, ce soir ce sera dodo de bonne heure et de bonne humeur avec le moral qui monte aussi vite qu’un baromètre en folie.
Je pense qu’il faudra signaler cette halte dans le prochain guide, à voir avec Monique.

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Vendredi 27 avril – 5ème jour

Petit déjeuner en compagnie de Mireille. Sa vie n’est pas très drôle. Elle est venue pour une retraite. Problème de couple et en prime elle a eu un accident. Jambe broyée et arrachée, par un camion (militaire). C’est vrai qu’aujourd’hui je marcherai pour elle. Juste pour le geste.

Nevers  sous la pluie. Faudra dire à Monique que le nouveau chemin de sortie de Nevers pose un problème. Il y a des panneaux qui ont probablement disparu. Je me suis inventé, par la force des choses, mon chemin, pensant irrésistiblement au titre d’un ouvrage de Mgr Etchegarray «Je suis un âne qui avance» et j’ai réfléchi là-dessus jusqu’à arriver laborieusement à Magny-Cours, pays des chevaux-vapeur et non des ânes à sac à dos.

En découvrant la terrasse du Lion d’Or j’arrivais presque en terre promise, parasol, buvette, bière bien fraîche. L’âne a gardé ses sabots … et ils sont lourds; heureusement le cœur y est encore et j’ai branché le portable!

Départ 14 h. Ciel lourd. Temps lourd. Pèlerin lourd mais bon, il faut faire avec et bon an mal an, j’avance en attendant le coup de fil de Marie-Laure. C’est chose faite vers 16h 30 et on se donne rendez-vous à St Pierre  le Moutier.

Arrivée sous la pluie, mais pluie du soir n’arrête pas le pèlerin (comme celle du matin) et m’attendait le groupe infernal : Marie-Laure, Kalou, Timéo et Soyouz pour une soirée au TOMAWAK. Celle-ci promet d’être sympa … Mais spéciale…. Sur le bord de la N 7 …..Dans un Tipi sans étoiles et sous les étoiles.

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Samedi 28 avril – 6ème jour

Effectivement la soirée a été très agréable. Ça change de l’ambiance monastère. Ce n’est ni mieux ni moins bien, c’est différent et si, comme dit Serge, la foi c’est pas son truc, ils nous reçoivent comme des amis. Les Tipis sont un peu étroits mais confortables et nous nous endormons au rythme  du grondement des poids lourds de la N7 voisine. La berceuse est particulière mais, 30 bornes dans les pattes, ça fait bailler dès 21 h.

Or donc ce samedi, l’âne a les sabots un peu chauds et n’est pas très sûr d’aller au terme de sa journée. L’herbe est épaisse, les blés frémissent déjà dans le vent. La météo annonce de possibles orages?

Marie-Laure et Kalou me déposent peu après le VEUDRE. Certains diront que c’est de la triche. C’est plutôt du réalisme. Je me raccrocherai au paysage pour avancer.

Je modifie donc quelque peu l’itinéraire pour m’adapter aux circonstances et je passe devant un magnifique château «très vieille France». Ça manque de monnaie là-dedans et la Comtesse doit ponctionner le pèlerin qui s’attarde, pour compléter un peu sa toiture.

La patte tient et au diable je continue sur LURCY-LEVIS et son célèbre circuit automobile. La ville a l’air sympa et la halte sera la bienvenue! C’est compter sans la pancarte «Complet» déjà accrochée devant l’unique hôtel. Sandwich et demi traditionnel au PMU du coin. Non, non! Toujours pas d’arrêt guichet.

La vie est belle, je suis attendu au Relais de la Forêt à Valigny; comme quoi les portables ça peut tout de même être utile.
Je suis allongé sous un chêne à une bordée de Valigny mais je viens de découvrir qu’une colonie de chenilles a adopté mon pantalon et je vais donc quitter ce lieu idyllique,  ventilé, ondoyant sous la brise légère et rempli du chant des grillons et des oiseaux. Allez bourrique, encore une fois: Lève-toi et marche!

Et voilà la semaine s’achève à Valigny, capitale de la plus belle forêt de chênes de France. (Forêt de Troncais). C’est la pub qui le dit. La taulière est sympa, le patron aussi, encore qu’au début je me suis demandé s’il ne faisait pas partie de l’équipe de Gogols qui peuple le village «t’as pas un franc?». Ils sont moins en avance qu’à Vézelay où l’Euro a déjà court dans ce type de population.
Que sera demain?

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Dimanche 29 avril – 7ème jour

Le septième jour Dieu se reposa et moi aussi. Je suis parti en rando sur l’axe d’Aignay le Château qui fait partie de l’étape de demain. C’est vraiment l’été qui s’installe de plus belle, les coquelicots sont en fleur, les insectes bourdonnent, les vaches se baignent et le lac ou étang de Goule offre des rivages d’un calme reposant et rafraîchissant.

Chemin faisant je pense à tous ceux et celles que j’ai laissés derrière moi, mais que, quelque part je trimballe avec moi dans le grand bric à brac de mon cœur.

Occasion unique de goûter la solitude. Est-ce que c’est salé ou sucré ? Je ne sais pas trop et je pense à la chanson de Bécaud «La solitude ça n’existe pas». C’est comme le silence. A moi d’essayer d’éclaircir tout cela un peu plus tard. Pour l’heure il est temps de me mettre à table sous les ombrages du lac. Les poissons commencent à gober.vue

C’était vraiment la journée cool. Ce soir en terrasse en sirotant un demi bien frais j’écoute les locaux en goguette qui se racontent leurs vieux souvenirs des années 60. Le temps passe. Derrière l’église, Maxou, prof de maths et musicien, joue un air de «couille à trois bittes». Ne rêvez pas les filles, c’est le nom local de la Cornemuse.

Lundi 30 avril – 8ème jour et 2ème semaine

J’ai quitté Valigny très tôt ce matin car on annonce des orages. Aignay le Château est une petite ville plutôt mignonne, église XIIème siècle. J’y fais ma photo du jour. Visitez son asile psychiatrique. C’est vraiment la spécialité du coin, Dun sur Auron (familles d'accueil pour simplets) n’est pas loin. Nous avons déjà repéré quelques spécimens à Valigny et si le Charenton du coin est celui du Cher, ça fait quand même penser à quelque chose?Grands arbres avec le clocher d'une église en arrière-plan

A 9 h il est trop tôt pour visiter la moindre église ou chapelle et j’embarque aussitôt pour la traversée de Charenton sur Cher à... St Amand Montrond via le canal du Berry. Il est plutôt modèle réduit et ferait penser à un petit canal vénitien avec ses écluses hors d’usage et hors d’âge. Pas le moindre bateau; les lentilles d’eau se sont emparées des différents biefs. Mais çà a son charme. Les rives sont fleuries de fleurs sauvages, les poissons chassent, les canards barbotent et j’avance cahin-caha. Ce sont les chevilles qui tirent un peu la flemme aujourd’hui.

J’allais oublier que je suis suivi de John et Keith, deux Anglais rencontrés hier soir à l’auberge. En principe on se retrouve ce soir chez les Franciscaines, mais attendons la suite ….

Je ne suis pas très emballé par la ville qui possède malgré tout quelques atouts, mais ça sent l’ennui et en cette veille de fête tout est déjà fermé ou presque; on n’a pas envie de bosser ici. C’est sûrement peuplé de socialos qui veulent leurs 35 h et de commerçants qui préfèrent fermer que de bosser pour la gloire. «O Tempora o Mores» disait un illustre romain.

Je me suis donc installé chez les sœurs. La halte est très spéciale. Ma chambre est l’ancienne salle de soin d’un dispensaire des années 50. Celle des Anglais est la salle d’attente; à côté de mon lit il y a encore le paravent pour dissimuler les mourants au voisinage.
A la guerre comme à la guerre. Je m’installe, les frangines âgées sollicitent mon aide pour installer leur table à repasser. Une petite lessive, slips et chaussettes au vent dans le jardin des sœurs. La douche est chaude et j’ai un toit. Je m’échappe au troquet du coin.

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Mardi 1er mai – 9ème jour

Mes deux rosbifs – c’étaient des pointures! L’un d’Oxford, l’autre de Cambridge – les deux universités anglaises les plus réputées,….. Mais eux tout simples!

Après avoir longuement hésité j’opte pour la route du CHATELET qui fait seulement 28 bornes contre celle de Chateaumeillant qui en fait 40. La chaleur est un peu tombée et je file en direction de Loye sur Arnon où je rejoins mes deux Anglais un peu surpris de me voir fondre sur eux pour mieux m’arrêter 500 mètres plus loin ,dans le jardinet de l’église qui me semble propice à une halte bienvenue. Eux continuent.

Je les retrouve une heure plus tard au bord de l’eau mais je ne fais que passer. Il va falloir que je trouve une solution pour passer sous la barre des 5 Km/h. Peut-être lester le sac avec quelques bonnes bouteilles!

J’attends John et Keith à l’entrée du Châtelet sous les ombrages. Au loin gronde l’orage et la ville semble en léthargie. J’attendais autre chose.

Tout est bouclé, heureusement la patronne d’un tout petit hôtel de bord de route m’aperçoit. Elle ne prend que les pèlerins et nous organise un petit casse-croûte de pèlerin que nous dévorons tous les trois en regardant l’orage se fracasser au-dessus de nous. A 8h 45 extinction des feux.

Ce matin séance photo avec le patron. C’était bien la bonne adresse qu’il fallait trouver et nous serons bientôt sur Internet! C’est beau la solitude …..

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Mercredi 2 mai – 10ème jour (le matin)

La météo n’est pas très engageante. Mes fringues sont encore humides mais tant pis, il faut aller plus loin et aujourd’hui pour moi c’est décidé, je fais une mini étape jusqu’à Chateaumeillant (13 Kms) et je suis dans de bonnes intentions pour la réaliser piano-piano.

Quand on veut on peut, après un départ tardif à 10 h, j’arrive à Saint Jeanvrin (déformation de janvier) à 1 2h pétantes – 2 heures pour 7 Kms.

Site plutôt agréable, très belle église, petite forteresse sur petit lac. Il s’agit d’une ancienne bâtisse de défense de la guerre de 100 ans, rénovée ensuite au cas où les Anglais reviendraient. A nouveau tombée dans l’oubli. Les Anglais sont bien revenus mais 6 à 700 ans plus tard, … Ils achètent les masures du coin et les retapent.

 

En chemin Jules, un grand chien dégingandé, m’accompagne sur quelques centaines de mètres et retourne vaquer à ses occupations. J’essaie d’entamer un brin de causette avec une belle Limousine rousse. Un rot sonore en guise de réponse, … Ah les vaches …
Me prendrais-je pour Saint François? Peut-être, mais «Saint» en moins.

Châteaumeillant est déjà là. On va voir ça!Plan d'eau avec village au fond

C’est vite vu; l’église est belle, mais le patelin est en train de crever et la bonne presse municipale, élaborée par quelque gratte-papier aux ordres, chante que tout va bien et qu’il se développe. Ah bon?
Le soir un troquet miteux, pas un restau ouvert … Le débat Sarko/Ségo, on verra demain dans le journal. Ici, silence, on crève. Il paraît qu’ils sont un peu plus de 2 000 habitants. Au cimetière, sûrement, les autres attendent leur tour. Après tout, je ne suis pas là pour faire du tourisme.

Haut de la pageéglise

Jeudi 3 mai – 11ème jour

L’entretien des arpions est terminé, la douche prise, reste à finir le sac. Il est 7 h 45. La nuit a dû être fraîche car les carreaux sont couverts de buée.

Causette avec les autochtones. Tout le monde ne parle que du match Sarko/Sego dont je n’ai rien vu, mais je vais me lire la feuille de chou locale ce soir pour en savoir plus. Je crois savoir qui a gagné mais je ne dirai rien.

Cahin-caha, je déhote vers 9h après avoir bu un dernier café d’adieu, mais mes pensées sont déjà parties sur le chemin et je philosophe (…. La poule, merci!) sur une comparaison entre la vie et ce chemin où je trouve beaucoup de similitudes. Bon ça ne vous passionnera peut-être pas mais c’est comme la solitude et le silence, je crois que ça reviendra sur le tapis.

Les paysages ont beaucoup changés: plus de bovins mais d’immenses plaines ondoyantes dans toutes les nuances du vert et c’est très beau. J’identifie le blé, l’orge, l’avoine, les pois fourragers et autres cultures. Les colzas ont viré au gris et je me dis que ce serait sympa d’aller se tremper les pieds dans le superbe lac qui frissonne derrière une allée de noyers. Un champs

Tellement sympa que j’aurais presque mis le maillot de bain pour plonger dans ce champ de lin qui a pris toutes les teintes de la mer sous la course des nuages et les rayons d’un soleil généreux.

Je termine en apnée dans la côte qui monte derrière l’église. Le temps de boire un coup à la terrasse du café PMU du Commerce (non! non! toujours pas!), de trouver un petit hôtel propret et sympa. La douche, etc, etc, et je vais me balader dans La Chatre.

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Vendredi 4 mai – 12ème jour

La nuit a été bonne et j’ai traîné aux plumes jusqu’à 7 h 45. A la télé la météo semble assez optimiste, trop même par rapport à ce que mes yeux m’apportent par la fenêtre.

Bon, on va y aller; après tout 19 bornes c’est pas la mer à boire, surtout après deux semaines où les pieds me rappelaient que ce sont eux les clients prioritaires et ce matin, c’est un peu comme si j’avais mis des pneus neufs: finis les crampes, les frottements, les brûlures; aux oubliettes les ampoules et autres crevasses. Encore un jour ou deux pour huiler tout cela et je serai prêt pour le grand saut vers les Pyrénées … D’ici là? …

Aujourd’hui c’est une étape de transition, comme dans le tour de France; changement de décor: ça oscille entre les pâtures et la culture, entre les petites routes goudronnées et les chemins creux défoncés et pleins de flotte (pas besoin de bouée quand même), entre un soleil qui ne veut décidément pas sortir et une brume qui s’entête.

Pour être franc, ça commence même à cailler et j’ai gardé le pull toute la matinée, je n’ai pas transpiré et j’ai pique-niqué (presque au chaud) sous un hangar métallique, vautré contre une meule de foin en compagnie de trois vaches.

Royal! Non pas Ségolène, mais le menu! Sandwiche saucisson – Tartine de confiture de myrtilles (petit déj du matin – soldes) – pomme et 1/4 de Bordeaux rouge. J’ai eu maman au téléphone. Elle ne se fait aucun souci et c’est très bien.

J’approche de Neuvy St Sépulcre. Je mets un blouson en plus car il commence à faire franchement frais; visite de l’église bâtie à la façon de Saint Sépulcre de Jérusalem au XIème et XIIème et je décide d’en rester là.

La charrette est un petit hôtel sur la place du champ de foire. Surprise, c’est tout neuf, hyper propre et de surcroît c’est en même temps le bar PMU du coin! (Eh! Non!)
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Samedi 5 mai – 13ème jour

Une église

Le but du jour est déjà connu: Gargilesse, vu et revu mais toujours avec autant de plaisir.

Au préalable une petite formalité de 24 Kms m’attend au départ de Neuvy. Pleuvra, pleuvra pas ? J’hésite au départ à emprunter le chemin recommandé mais bon … Allons-y. Effectivement ça se gâte, l’herbe est haute et humide, les fondrières sont là-dessous; en prime les orties jouent avec mes mollets. RONTUDJU de RONTUDJU …

La machine s’emballe, je passe Cluis et ses murailles, visite de l’église avec sa belle vierge en marbre du XIVème, admire au passage les halles du XVIIème et franchit tambour battant le viaduc.

Vierge en marbre

Le temps est brumeux, dommage car de là-haut la vue est très belle. A l’heure du casse-croûte (~13 h) Marie-Laure m’informe d’une modification de programme en raison du décès de la tante Tartempion de Jeannot et Jacqueline.

Je fonce à Gargilesse et on verra la suite du programme à tête reposée.

Haut de la page3 personnes

 

Dimanche 6 mai – 14ème jour

Ce matin je sens que la journée va être «cool». Après un bon bain et une bonne nuit, petit déj à 9 h 15 et décollage à 10 h sonnantes au clocher de l’église. Le brouillard est assez épais mais on sent qu’il va se lever.

Chemin faisant je croise quelques cyclos. Les attardés du peloton ont le temps de m’expliquer qu’ils sont 150 venant de Chateauroux mais les niveaux sont manifestement variés et les côtes font mal aux jambes.

A l’entrée de Cuzion j’entreprends la causette avec un papy qui revient du jardin avec … Des fraises. Sympa, il m’en offre 2 belles … Délicieuses …. Il aurait pu me confier son panier!

C’est vraiment la journée de rêve, le temps idéal; le soleil est arrivé, un peu d’air, des paysages magnifiques, des chemins sauvages, des fleurs, des chants d’oiseaux et moi, là au milieu. C’est la plus belle étape depuis mon départ. Elle ne fait que 19 Kms mais quels kilomètres! Un authentique plaisir.

Me voici au bord de la Creuse, c’est beau! J’avance plan plan, croisant un petit groupe familial. On s’adresse quelques mots. Les gens sont sympas. «Comment tu t’appelles?» me demande une fillette.

Le pont des piles est en vue, je monte sur Eguzon. Pour repiquer sur Crozant. C’est toujours aussi beau. Je ralentis encore comme pour mieux profiter de cette étape exceptionnelle. Je m’accorde une pause champêtre dans un verger; le temps de lire, de réfléchir, de remercier pour tout ce qui m’est offert, au seul mérite de mes deux pieds.

Dernier arrêt sur le pont de la Sidelle avant d’arriver à l’hôtel du Lac, terme de l’étape du jour, mais vous en saurez plus demain!

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Encore une église

Lundi 7 mai – 15ème jour

Tout bien réfléchi j’ai décidé d’organiser la visite de mes hôtes ici à CROZANT. L’hôtel est sympa, les jeunes patrons hollandais, Wilhelmine et Aldert le sont aussi, avec la petite Jeannine (2 ans et demi mais qui en fait quatre). Du coup je me programme une 1/2 étape «La Souterraine» aller/retour ça fera le compte et demain ce sera repos. La météo ne laisse pas augurer d’une journée radieuse.

L’occasion de découvrir le côté austère de la Creuse, tout en bois et pâtures, le châtaignier y prospère, les toits d’ardoises se fondent dans un paysage aujourd’hui mélancolique. Le ciel est bas, au ras des rares champs labourés… On sent une terre laborieuse et un peu oubliée; d’ailleurs ici Ségolène fait 53 % et Sarkozy 47 % (l’inverse du résultat national …. Y a bien une raison!).

La vallée de la Sidelle est superbe et envoûtante. Il paraît que le diable y aurait construit le pont qui l’enjambe. Au retour je découvre un panorama sur le site des ruines de Crozant peintes par Armand Guillaumain de la même école de Crozant (~1880 – 1920).

Au programme pour demain, tour du lac en bateau mais chut … C’est la surprise.
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Mardi 8 mai – 16ème jour

Nous avons passé un excellent «petit week-end» en compagnie de Marie-Laure et des bidochons Namin(célèbres haut marnais), ravis de cette escapade. Wilhelmine avait mis les petits sabots dans les grands. Tout fut réussi y compris la balade en bateau sur le lac Chambon (400 ha) malgré un temps un peu tristounet.

Le problème de ces coupures c’est que ce sont des coupures et psychologiquement ça remet un peu les compteurs à zéro et il faut vite reprendre son rythme et ses habitudes.
___Pélerins et habitants

Mercredi 9 mai – 17ème jour

Le trio infernal me relâche dans la nature à quelques brasses de La Souterraine. Photos – adieux – bisous.

Ah! là, là, que c’est dur de repartir mais tout va bien. La mécanique est maintenant bien rôdée et c’est sous un soleil ventilé que je gagne Benevent l’Abbaye sans véritable problème. Le gîte est un vrai gîte. Il est déjà occupé par deux pèlerins: la Hollandaise de Crozant et un Brésilien qui marche encore sur des œufs.
J’ai fait ma lessive qui sèche sur la place de l’église sur les chaînes de stationnement et je vais aller faire mon tour ……

Bon, une fois de plus c’est un bled mort … mais quelle importance. Il me reste quelques bricoles à croquer et demain les «commerces» sont ouverts. J’ai dans l’idée que je ne partirai pas très tard …

Il est 20h 15 et tout le monde est déjà au pieux. Je crois qu’ils vont se barrer tôt eux aussi …
Je viens d’avoir un message de Loulou, dit "Bicou": Paul Renaud est décédé …. Et avec lui s’en va une part de notre enfance et de nos souvenirs.

Haut de la pageUn clocher

Jeudi 10 mai – 18ème jour

Je ne sais pas si on va fêter ça mais ça ne nous dit pas quelque chose? L’élection de Tonton en 81! bande d’ignares!

Je déjeune de quelques barres de céréales, d’un bol de café, d’un croissant acheté au vol en sortant de Benevent et roule ma poule, je sens qu’aujourd’hui ça va barder. Le vent est de la partie et c’est bon d’être ventilé, ça évite la surchauffe.

Ayant eu quelques doutes, suite aux lectures du cahier des pèlerins, quant à l’état des chemins (il y est même question d’amerrissage) je décide d’opter pour une solution d’efficacité. J’opte pour la D 5 et ses 4/5 voitures à l’heure. Je crois que j’ai bien fait car le secteur semble particulièrement marécageux, ajoncs et fleurs d’eau, ruisselets dévalant les champs, ça doit être plus que gras.Un champs bien vert

A midi ma décision est prise, je zappe Chatelus le Marcheix et décide d’avancer vers St Léonard de Noblat.
Ça commence à chauffer; une petite échauffourée avec des oies mal embouchées qui attendent le prochain réveillon. Les côtes sont raides dans le secteur, j’espère que la pancarte "chez Françoise" aux Billanges est toujours d’actualité sinon il va encore falloir rajouter 5 km au programme. Un ami

Ouf c’est bon, un copain à Françoise est là. Je m’installe et c’est la pause! et super génial, elle fait à manger et je crois que nous serons plusieurs.
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Vendredi 11 mai – 19ème jour

Ah ça, c’était une soirée "pèlerin". Marcel était aux petits soins avec ses hôtes. On s’est retrouvé, Bernard et Monique (aperçus hier à Benevent), Rita la Hollandaise (idem) et vue également à Crozant.

Les amis

Marcel avait préparé la popote. Une vraie nounou, ex-SDF, copain du fils à Françoise qui s’est tué en moto en Thaïlande quelques jours après le Tsunami.

Elle a fondé une association pour les enfants de là-bas; artiste céramiste elle a ouvert ce gîte pour s’occuper l’esprit et avoir des liens avec l’extérieur. Marcel est né à Sidi Bel Abbes en 1955.

Monique et Bernard sont de la région parisienne et possèdent une résidence secondaire à Cerisiers (village natal de miss Couscous - Que de points communs!!!). Rita vient de Rotterdam mais là … RAS.

Ce matin, c’est moins drôle. Venteux – Menaçant … Dommage. C’est toujours aussi beau mais ça grimpe dur par endroit. Tout autour, sur tous les horizons: nuages noirs, pluies éparses. C’est mal barré mais … ça ne tombe pas. Juste quelques gouttes à une encablure de St Léonard.

Arrivé au gîte je retrouve Bernard et Monique. Rita a disparu … Mais pas pour longtemps, flanquée de deux hollandais cyclistes qui viennent compléter notre groupe.

Ce soir, soirée apéro … et pizzas à gogo! Demain Limoges nous attend. Bof!!

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Samedi 12 mai – 20ème jour

A 8 heures tout le monde décolle en ordre dispersé. J’en oublie une serviette et un vieux polo: le sac sera plus léger. Jusqu’au pont de Noblat tout baigne. C’est après que ça se gâte.

La pente est rude et si je ne veux pas tout faire sauter il me faut calmer l’allure. Rita me sème à grandes enjambées (elle mesure 1 m 82). Bernard et Monique ont déjà disparu depuis longtemps. Tant pis, pour une fois que j’ai voulu partir avec les autres …Rivière

Le temps est frais, quelques gouttes pour rafraîchir la carcasse et le rythme revient avec un terrain plus classique. Le trio s’est reformé et je vais le laisser en plan assez vite pour me retrouver à Limoges pour pique-niquer au bord de la Vienne avant de me mettre en quête d’un logis.

Kazi m’a laissé un message sur le mobile. Tout va bien! Du coup je pense à ma petite Romy qui est de plus en plus jolie…

Je m’installe chez les Sœurs Franciscaines à côté de la cathédrale. Tout est bien qui finit bien. Le ciel n’a pas tenu ses promesses orageuses …. Ouf!
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Dimanche 13 mai – 21ème jour

Départ classique et normal vers 8 h 30. Limoges c’était long en arrivant, c’est aussi long en sortant; au moins ce n’est pas une zone industrielle … C’est celle des hôpitaux et j’ai une pensée pour tous ceux qui sont enfermé là-dedans pendant que je crapahute sur les chemins. Je fais coucou aux fenêtres comme pour les encourager à sortir au plus vite.

Puis ce sont les zones pavillonnaires … Bof … Classiques et progressivement le chemin s’affine, le goudron disparaît, les haies fleurissent, je croise un élevage de vrais poulets, pintades, canards et autres volatils en LIBERTE (produits de la ferme).

Aixe-sur-Vienne est déjà là. Il est 12 h pile. Un mariage sort de l’église. J’avise un troquet mais bernique, rien à manger là-dedans. De dépit je réclame quand même une «pression» et je redémarre aussi vite car je viens d’apprendre que le relais des Cars où je comptais poser mon balluchon ce soir est fermé et ça ne croule pas sous les hébergements ce secteur.

Advienne que pourra, je me lance quand même dans la vallée de l’Aixette. Le temps devient orageux. Me voilà bien, je songe déjà que je risque fort de passer ma première nuit sous les étoiles.

Mais non, voilà qu’une chambre d’hôte s’annonce. Très gentiment Geneviève m’accueille. C’est une conférencière spécialisée sur le 19ème siècle, artiste qui a travaillé pour les musées de l’armée et qui a reconstitué tous les uniformes sous forme de figurines en terre cuite … Peintes aux couleurs de l’époque.

Maison entourée de verdure

En prime elle est claveciniste et depuis ma terrasse ensoleillée je l’entends qui vocalise. C’est une artiste.

Le problème c’est que mon étape s’est réduite comme peau de chagrin et il va me falloir modifier le programme mais c’est pas grave!!! Orage à 18 h. Je m’en fous. Je suis bien!

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Lundi 14 mai – 22ème jour

Départ donc de St Martin le Vieux; passage prévu aux CARS (10 km) puis Chalus (9,4) (étape 1). Ensuite Chalus - la Coquille (18 km) (étape 2) et retour à la normale La Coquille - Thiviers (20 km).

Et finalement pas du tout. Le temps est maussade. J’ai passé une bonne nuit. Geneviève m’a superbement reçu. On voit que ça lui plait. Pour 70 balais, elle se tient drôlement bien.

En deux coups de cuiller à pots, je suis aux Cars à moins le quart de 11 h. Les chemins sont déjà très humides et je fais le grand écart des Cars, presque une vraie danseuse étoile. Manque le tutu mais bon, on ne peut pas tout avoir.

Rétablissement acrobatique et je file sur Chalus et son château fort. Toujours pas de pluie – mais le ciel est plombé et ça vient finalement en plein bois. Début de rincette puis de douche. C’est franchement pas drôle. Les godasses débordent d’eau, les chemins sont des bourbiers et les marqueurs locaux pas très efficaces, d’où quelques erreurs.

L’orage me prend à St Pierre de Frugies où j’ai juste le temps de m’abriter avant la foudre dans une cabane de jardin pour compulser mes cartes.

Ste Marie approche et à 18 h 15 j’arrive au monastère. C’est très spécial. Statues de mauvais goût partout, une bonne sœur qui semble revenir du moyen age et qui pourrait même être empaillée pour la déco.

Heureusement la dame de la cuisine est sympa et un bon repas à tôt fait de me faire oublier mes misères, avec mes compagnons d’infortune retrouvés (Monique et Bernard – victime de tendinite et revenus en train depuis Limoges, donc très frais) et Rita récupérée à la dérive dans le secteur grâce à son mauvais guide.

Marie-Laure m’apprend que Fifi s’apprête à nous quitter. Elle a fait son temps. Surtout ne pas la laisser souffrir.

Allez, bonne nuit les petits et à demain!

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Mardi 15 mai – 23ème jour

Bonne table hier soir , rustique, copieuse, cuisine familiale. Tout ce qui convient à un honnête pèlerin, mais il reste que l’atmosphère est étrange … «surtout ne restez pas dans la cuisine … Le père est là» ou alors «chut, voilà le père …» Je finis par l’apercevoir, 45 ans environ, bure blanche, c’est bien ce que je soupçonnais «c’est l’école Mgr Lefèvre» dernier carré.

J’élucide l’énigme de la bonne sœur suspecte et qui nous regardait de travers: elle est sourde et très âgée et l’élocution n’est plus terrible. Sauf que … «le père là, regardez …» (en douce).

Bon, allez hop, je me tire non sans m’arrêter à l’église de La Coquille où l’évêque de Périgueux précise que ce monastère n’a rien à voir avec l’église officielle.

Cahin-caha j’avance sur Thiviers, le parcours est légèrement accidenté et devant le ciel toujours mitigé qui s’offre à mon regard je préfère filer sans trop tergiverser.

A 14 h je suis au centre «accueil et partage» installé dans l’ancien couvent St Paul qui a été donné par une congrégation religieuse en 1991 pour en faire un ensemble destiné à tout ce qui touche les problèmes du chômage, de l’emploi et de l’exclusion.

Réservé aux chômeurs et à leurs familles et aux réseaux associatifs il est également ouvert aux pèlerins de St Jacques. Les chambres sont propres, le cadre est nickel et le repas est prévu à 19 h.

Sinon c’est bien confirmé – Thiviers, il n’y a pas grand-chose à voir!

J’allais oublier une précision de taille. J’ai poursuivi mon enquête sur St Marie de Frugies et le père Patrick Grand … Est exorciste. Je ne suis pas surpris. C’est l’atmosphère que j’avais ressentie.

Haut de la pageéglise

Mercredi 16 mai – 24ème jour

Soirée sympa avec le président de l’Association, Maurice PAGAT et son compère Francis BOIS. Nous dînons avec eux et chacun raconte le pourquoi et le comment il est là, sans fioritures. Avec ses mots. D’où il vient, qui il est et comme on se connaît un petit peu maintenant cela n’est gênant pour personne.

Ces gens (Association Partage) font un boulot remarquable et méconnu (Ah, si quelqu’un cherche un ou des ânes, s’adresser au Centre PARTAGE 6 rue Bertrand de Born – 24800 THIVIERS – 05.53.62.07.51).

Bon, il a eu des problèmes, mais qui n’en a pas?

La route est là qui m’attend... SORGES, petite étape de 18 Kms; bruine, léger vent, nuages …

Les 18 Kms sont parcourus sans encombre, premières cerises sur le bord de route, champs de noyers, on rentre vraiment dans le Périgord blanc, la capitale régionale de la truffe et Sorges prépare sa fête des Vétérans (A l’origine une sorte de kermesse au profit des œuvres pour les orphelins et veuves de la guerre de 1870).

Ce soir Monique (Chassain) débarque avec un festin royal (foie gras – rôti de biche – gâteau aux noix – Bergerac…Etc.). C’est vraiment super la fête sur la route, fête teintée d’amertume liée à l’absence de Jean-Charles qui nous a quittes en mars. Monique a passé une bonne soirée malgré tout. Cela lui a changé les idées. Elle sera à Vézelay samedi. Elle est chargée de tous mes messages d’affection pour ceux qui sont restés là-bas.

Le temps d’aller au lit … Et, en 10 minutes, ça ronfle et ça pète. Tout le monde a trop mangé et un peu trop … Bu!!!
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Jeudi 17 mai – 25ème jour

Tout le monde est sur le pont dès 7h pour le petit déjeuner. Il pleut, il y a du vent mais "quand faut y aller, faut y aller!" Tout le monde appareille en même temps. Le rythme est soutenu. Au bout d’une heure j’ai perdu de vue Rita qui me suivait. Bernard et Monique me semblent avoir disparu corps et bien.

C’est vraiment le sale temps et j’ai failli rayer cette étape de la mémoire de ce cahier, faire comme si elle n’avait jamais existé. 2 heures de route. Il est 10 h. La pluie commence à pénétrer partout. Les godasses sont pleines à ras bord. C’est tuant.

Tant pis pour les trois autres. Notre principe est de ne pas s’attendre et de laisser chacun suivre ou précéder à son rythme. 11 h. J’entre dans Périgueux. J’en ai marre. Il me faut encore trouver ce foutu gîte et Périgueux ce n’est pas Vézelay. 30 à 40 000 habitants.

Coup de klaxon derrière moi. Une Mamy vient de se garer . Elle a dû faire une fausse manœuvre. Non, elle insiste. Je m’avance: «voulez-vous déjeuner avec nous?» 1/2 heure plus tard je suis dans sa salle de bain.

A midi 30 ses enfants arrivent. Apéritif convivial … Et à table. Au menu: asperges – médaillon de foie gras – gigot d’agneau aux fèves – fromages – fraises –grand Bordeaux en carafe et à 14 h 15 précises elle me dépose devant mon gîte.

C’est fou, non? Le plus beau c’est qu’elle s’appelle Geneviève GAILLARD. Vous avez bien lu. Elle a 78 ans et a fait la route du Puy en 2003. Elle est toubib. Sa bascule fonctionne et je constate que j’ai perdu 6 kilos en trois semaines – 79 kg (j’en ai peut-être un peu repris à midi!)

J’ai atterri chez Aminata (honnêteté en Sénégalais). …….. De Périgueux … Vous en saurez peut-être plus demain!

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Vendredi 18 mai – 26ème jour

Encore une soirée sympa avec la fine équipe … (un peu jaloux de mon aventure à midi) et Aminata. Voilà qu’un tripot s’organise autour de la table.

Soirée Whist jusqu’à 22 h (en temps ordinaire couché vers 21 h) et il y a de l’ambiance et ce matin re belote, sac à dos et godillots.

C’est reparti pour un tour … On se fait des adieux "provisoires" car je change de cap via Bergerac (ancienne voie de pèlerin) contrairement aux autres qui filent sur St ASTIER.

Françoise me récupère peu avant Bergerac. J’ai néanmoins accompli une étape similaire à celle des autres. Je récupérerai l’axe de Ste FOIX dimanche. Cela ne change pas grand chose.

En attendant ce soir c’est relâche et demain, comme dans le Tour de France: JOURNEE  REPOS .
Voilà, journée de transition aujourd’hui. Rien d’autre de marquant, sinon que la pluie a disparu. Axe un peu difficile … circulation, goudron … passons à autre chose.
___Alain l'auteur

Samedi 19 mai – 27ème jour

REPOS
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Dimanche 20 mai – 28ème jour

Les journées repos c’est fait pour, alors vous ne saurez rien ou presque de ce samedi (27ème jour) où j’aurai juste pris le temps d’aller aux champignons cueillir un «petit» panier de girolles pour l’omelette de ce soir et de faire un méga sieste de 2 heures. C’était sûrement nécessaire et je n’ai pas eu besoin de berceuse.

Pour ce dimanche donc:
Françoise n’est pas trop pressée. Je déjeune bien tranquillement avec elle et Jacky et elle me dépose du côté de Monbazillac sur la départementale 14 qui suit le vignoble et passe par des noms évocateurs de domaines qui font rêver. Bon ce n’est pas le moment de s’arrêter pour une dégustation (même si j’y pense) car la température est assez lourde.

L’inconvénient des journées de repos c’est que ça coupe et le moral et les pattes et le démarrage est un peu laborieux. Je crois que c’est quelque chose à éviter au maximum. Peut-être _ journée serait-elle suffisante?
Je vais y songer; en attendant j’avance sans grand enthousiasme. La vigne c’est lassant et sans surprise. Heureusement Ste Foy arrive. Coup de bol, le gîte de CHARLY (Voie de Vézelay) est ouvert. J’y retrouve CARLA rencontrée à Limoges. Tout le monde ici est déjà au courant que j’arrive par Bergerac. Décidément les nouvelles vont vite.

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Lundi 21 mai – 29ème jour

Ce matin Carla est matinale. Nous avons bien été soigné par Charly qui nous a fait une salade des produits de son jardin et une grosse gamelle de lentilles avec des saucisses de Toulouse.

J’ai un gros problème. Depuis hier soir la patte gauche semble affectée par une tendinite. En tout cas ça y ressemble et j’ai proposé à Carla de marcher avec elle (qui n’avance pas vite), moi qui suis éclopé.
A St André et Appelles, minuscule village au milieu des vignes nous voici interceptés par Yvette qui nous offre le café et nous présente sa collection de pierres de la préhistoire (silex, hache, coups de poing, boulat, etc ….) Un peu plus loin à Caplong, un vigneron de rencontre nous invite à nous gaver de cerises.

La patte tire et je dois me faire plusieurs massages. «Pellegrue» arrive, enfin! Gîte, un belge est déjà là. Jean est plutôt sympa. Douche. Ouf, que c’est bon. Bain brûlant pour ma patte et je vais aller voir le pharmacien avant de faire les courses pour la popote de ce soir car ici il n’y a rien d’ouvert!
___Abbaye

Mardi 22 mai – 30ème jour

On s’est fait une soirée paella et tout le monde s’est couché tôt. Pas trop bonne la nuit! La voisine du dessus est insomniaque et s’est baladée toute la nuit.

L’extraction d’air est bruyante et Jean se lève à 6 h 15 pour bouffer les restes de paella. Bof, à une heure pareille ça ne me branche pas, je dirais même que ça pue. C’est ça la vie en communauté.
Jean nous quitte à 7 h. C’est un belge un peu fou, à croire qu’il s’entraîne pour le marathon...

A 8 h 15 décollage immédiat pour Carla et votre serviteur; toute petite route, chemin bourbier en sous bois et des vignes à perte de vue. On est dans le Haut Entre-Deux-Mers.

Photo à la superbe abbaye de St Ferme, pique-nique à Coutures et arrivée à Roquebrune, "Les Ateliers de Roquebrune" précisément. La dame fait de la céramique. Pour ne rien vous cacher, photo à l’appui, je crois que je suis au paradis et je suis pourtant encore bien en vie malgré ma saleté de patte folle qui tire toujours aussi fort. Je suis à peu près sûr que c’est bien une tendinite. Il paraît que sur l’avant du tibia ce n’est pas trop grave … Espérons-le! Votre serviteur pique-nique

Derrière nous arrive Rita, Bernard et Monique. Tout le monde se retrouve avec plaisir et se consacre à son petit journal quotidien … En attendant la suite.
Rase campagne, pas un troquet à l’horizon. On boira de l’eau, un verre de plus ou de moins … après tout j’en ai déjà ingurgité au minimum 100 litres depuis le départ!

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Mercredi 23 mai – 31ème jour

La soirée au «Paradis» aura été bien agréable et au réveil le chant des oiseaux ça met en forme dès 6 h. La journée est annoncée chaude et je ne veux pas trop forcer sur ma jambe. Départ à 7 h 30.

J’ai rendez-vous avec Jeannette à la Réole mais je prends le temps d’admirer les paysages viticoles qui sont ma foi fort agréables à parcourir … Et c’est vrai que la chaleur arrive vite.

Je laisse filer mes quatre congénères sur un autre axe, je m’octroie deux panachés bien frais et je me fais une visite guidée par moi-même à travers La Réole. Tout le monde m’avait dit que c’était moche et qu’il n’y avait rien à voir. Sûrement des rapides car tout est faux. C’est plutôt mignon, plein de monuments intéressants … Ça manque un peu de commerces mais bon …
A midi j’ai rendez-vous donc mais les minutes s’égrainent et rien. Je commence à m’interroger. Je sais que ma chère tante n’est pas très performante en géographie et à 82 ans, elle me dit perdre un peu la mémoire …

Vers 13 h, coup de fil. C’est bien elle, elle n’a pas trouvé l’église ou du moins pas la bonne, et elle m’appelle d’un restaurant que j’avais situé (par sécurité j’avais fait mon repérage des lieux) et 10 minutes après nous sommes à table.

J’en profite pour me faire rapatrier sur l’abbaye du Rivet et là … chapeau! Tout est neuf. Les frangines sont sympa, savent utiliser un mobile, elles élèvent des poulets fermiers et livrent dans toute la région.Certaines sont même mignonnes et ça ne gâte rien.

Jeannette est ravie de sa visite. Je lui explique au moins trois fois le chemin du retour et je m’installe pour la soirée. Une kinésithérapeute qui passait par là me prodigue quelques conseils pour ma tendinite. Que rêver de mieux … c’était la bonne adresse du jour.

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Jeudi 24 mai – 32ème jour

Le départ n’est pas trop dur, une 1/2 heure après le top chrono, les roulements semblent bien rôdés.

Ce matin je me suis levé tôt (7 h). Je me suis préparé mon petit déjeuner au micro-onde avant d’aller à la messe de 8 h chez les sœurs.

Il y a eu un orage carabiné hier soir vers 21 h et j’ai dû fermer les volets: vent violent, grêle, foudre, tonnerre, mais l’abbaye en a vu d’autres. Elle existe depuis le VIIème siècle … Alors c’est dire!

Je vois les séquelles de la nuit dans la nature: routes ensablées, branches cassées, feuilles pilées, mais rien de grave. Je traverse une zone de culture du noisetier et j’arrive à Bazas presque fringuant et dispos à l’heure de l’apéro et du casse-croûte.

Aujourd’hui petit extra: 1/2 (bien frais) – 1/2 badoit (faut pas exagérer) – crudités et… Brochettes de rognons de veau.

Une heure plus tard débarque le restant de la troupe qui est allé s’embourber dans une zone marécageuse que j’ai su éviter. On se retrouve, on reboit un demi, on fait ses cartes et ses écritures et à 17 h nos hôtes viennent nous récupérer individuellement pour nous conduire dans nos foyers.

Je suis hyper bien tombé: la dame qui gère cette pastorale du tourisme n’a pas menti. C’est idyllique et le mot n’est pas exagéré.

J’allais oublié de vous dire que Bazas c’est vraiment une ville qui vaut le détour!


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Bazas

Vendredi 25 mai – 33ème jour

M et Mme ESCOUBET étaient mes hôtes d’hier soir. Expert judiciaire, il est en retraite mais poursuit son activité à la demande. Je suis reçu dans leur propriété au milieu d’une forêt de sapins de 600 ha qu’il gère avec son fils Frédéric, prof de 28 ans au lycée de Bazas en technologie du bois. Il administre également un domaine viticole «Entre deux mers» de 60 ha. Je passe la nuit dans une petite bergerie toute équipée, avec pour voisins Fauvette et Djerba, deux ânesses qui ont leur cabane à côté.

Volpone, le chien m’a adopté et le voilà sur mes genoux qui me couvre de bisous. On boit le vin de la maison, ça coule de source … et du coup coucher à 23 h. Aïe, Aïe, Aïe, demain!!!

Et justement le départ est matinal. Photo devant la cathédrale où nous ont rejoint deux pèlerins qui vont sur Lourdes. Pour l’essentiel on suit l’ancienne voie ferrée, ombragée à souhait et c’est tant mieux.

Pique-nique communautaire dans les bois où je cueille quelques cèpes et girolles pour ce soir, des fois que le patron soit bien luné, ce qui est le cas, même s’il est un peu surpris et jaloux. Déjà? Eh oui …

Cet après-midi je ne fais rien, je laisse reposer ma jambe, je vais en avoir besoin!

2 marcheurs avec sac-à-dos
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Samedi 26 mai – 34ème jour

L’orage a grondé toute la soirée. J’ai payé l’apéro à mes deux copines et tout le monde a passé une bonne soirée à discuter de ce qu’il avait vu, fait, ou trouvé sur ce chemin pas si facile que certains veulent le croire.

Nouvelles fraîches de Daniel, Bicou, Marie-Laure et Michel! Moral en berne ce matin.
Je souffre terriblement de cette vacherie de tendinite et j’ai 24 kms devant moi qui me tendent les bras. Vu les conditions météo nous avons tous opté pour la route; c’est pas la joie, voitures, camions nous éclaboussent à qui mieux mieux; la pluie, il n’y a que ça.

Il est tombé un vrai déluge cette nuit. Les fossés débordent, les pelouses sont des lacs et nous, on avance la-dessous, résignés, mais assez vite; par 3 ou 4 fois je manque m’arrêter et m’asseoir sous la pluie à attendre je ne sais quel hypothétique secours. Les autres sont devant et moi je suis à la dérive. Mon Dieu donne moi un petit coup de pouce!

J’arrive à Retjons au bout du rouleau mais le gîte est là, la douche, un bon lit. Tout le monde se retrouve. On fait des projets pour la soirée et j’ai décidé de modifier mes étapes à venir sinon je vais finir par arrêter pour une durée indéterminée.

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Une église

Dimanche 27 mai – 35ème jour

Ce matin, après une nuit tranquille, mes compagnons de route sont partis de bonne heure. Je suis resté pour faire le ménage, étudier tranquillement mes cartes et faire mes prévisions de route en fonction de mon état.

On se reverra peut-être plus loin, peut-être pas.

On s’entendait bien mais je ne suis pas fâché de me retrouver tout seul, surtout qu’hier soir si le restau était plutôt classe, la patronne était plutôt et même franchement du style faussement modeste et franchement «Je suis du gratin machin». «Nous arrivons de Saint Barth… j’ai travaillé chez Courrèges …. Mon ami Marc Méneau (qu’elle a confondu d’ailleurs avec Marc Veyrat – ce que je lui ai vite fait remarquer)» - Enfin bref elle les connaît tous et ne rêvait que d’une chose … nous en coller un max sur la note. Echec et tronche mi-figue mi-raisin à la sortie … Marine était plutôt dépitée!

Me voilà donc seul pour un départ tardif et j’opte pour un trajet en pleine forêt des Landes. Il fait frais mais beau. Les chemins sablonneux se faufilent dans un sous-bois de bruyères, de genêts et de sapins. Tout cela prospère sur un sol cendreux et moussu. La forêt parle. Les oiseaux l’enchantent et le vent me dit que tout cela est beau.

Mon étape sera courte. C’est un choix raisonnable et délibéré. Roquefort est une petite ville qui semble avoir du charme. Le gîte où je me pointe n’a que 4 places et est déjà complet. Une éclopée qui se fait une crise de rhumatismes m’en informe et je me rends à l’hôtel du Colombier où je suis reçu par une sorte de mère Danguy(vezelienne bien connue) mâtinée de Jackie Sardou. Pension complète! Pas de problème, mais là, je reprends au moins 2 kilos avec le menu de midi: Garbure, cuisses de grenouille sauce au vin – filet de bœuf – légumes verts et glace … ouf. Deux heures de sieste et on va aller voir ce que ça dit dehors!

En fait, à part les environs immédiats de l’église et quelques bouts de vieux remparts il n’y a pas grand chose. La météo de demain matin me dictera la marche à suivre.
J’ai eu une consultation gratuite de M. Bonenfant en direct de Vézelay ce soir. Demain lundi de Pentecôte, quid des pharmacies?

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Lundi 28 mai – 36ème jour

Hier soir j’ai demandé qu’on supprime les magrets de canard. Avant il y avait Garbure et filet de truite. C’est suffisant, non?… Pension complète 48 Euros, petit déjeuner inclus, pinard, café et _ pression. Ils doivent acheter leurs produits à moitié prix!

J’ai dîné en compagnie de Quentin 4 ans 1/2 qui adore faire la causette. En prime je m’appelle comme son papy, alors, j’ai la cote et je lui parle de Timéo. 7 ans! C’est un grand, compte-t-il sur ses doigts?

Ce matin la pluie est déjà au rendez-vous. Je ne suis pas très chaud pour quitter le lit douillet de ma petite chambre tranquille, mais bon il va bien falloir se lancer. Comme prévu les pharmacies sont fermées. Pour le traitement on verra plus tard.

En route pèlerin vaillant … la pluie te guette mais là-haut on veille sur toi. Juste le temps de me planquer dans la chapelle St Laurent de Corbleu et c’est le déluge.

Le vent souffle, les nuages se déchirent, un grand pan de ciel bleu. Vite filons … Bostens arrive, juste le temps de m’engouffrer sous le hangar des chars du corso et rebelote.
J’en profite pour casser la croûte … avec les soldes de la veille. 3 kms plus loin c’est un transformateur EDF qui me sert de planque. Gaillères, fausse alerte, il faut avancer … pas longtemps, juste le temps de trouver une maison en construction (il y a déjà la toiture et c’est suffisant pour moi) où passer un bon quart d'heure à l’abri et ainsi de fil en aiguille me voici arrivé au gîte de Bougue.

Une église

Il était temps, voilà que ça repart et ce n’est pas les chutes du Niagara mais pas loin, et là, je m’en tape: je suis douché, lavé, mes fringues sèchent devant un radiateur bienfaisant et je vais finir tranquillement mes préparatifs pour demain.

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Mardi 29 mai – 37ème jour

Tout s’est plutôt bien passé aujourd’hui.

Je suis parti tranquillement par l’ancienne voie ferrée – direction Mont de Marsan - vers 9 h … direction de Saint Sever et ses poulets. Toujours seul sur un tronçon mixte forestier/campagnard. Chemin faisant j’ai eu un coup de fil de Françoise … tout va bien.

Pas une goutte d’eau sur le trajet et pourtant l’Adour est sorti de son lit et charrie une eau boueuse à souhait. Je viens d’entendre (il est 18h 30) que la pluie est à nouveau prévue pour demain – Merde!

Je me suis installé à l’ancien couvent des Jacobins et c’est vraiment un beau gîte. Demain c’est Hagetmau qui m’attend et il y a aussi de la place pour moi … si tout va bien.
C’est en allant faire un petit tour en ville que ma patte s’est à nouveau réveillée. Vite un petit massage et demain la pharmacie aura mes médicaments.

Je voudrais bien être débarrassé de ces petits problèmes et je ne sais pas pourquoi je pense au poème (de Verlaine, je crois) «Sois sage ô ma douleur et tiens toi plus tranquille, tu demandais le soir, le voici, il descend …» Mais moi j’ai du mal à monter les escaliers du couvent.

Je crois qu’un bon petit restau serait le bienvenu. On va aller voir ça!
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Mercredi 30 mai – 38ème jour

Sale nuit. Je me demande vraiment si je vais repartir aujourd’hui. J’ai rêvé de miracles toute la nuit, mais ils n’ont pas eu lieu. La triste vérité c’est que je ne peux plus marcher ou presque.

Péniblement je vais jusqu’à la pharmacie chercher les "drogues" prescrites par le bon docteur Bonenfant (Pharamon) et le miracle se produit: dans la journée tout s’améliore.
J’ai loupé Saint Sever où il y avait plein de belles pierres à voir, mais les cailloux, par moment ras le bol! et j’arrive à Hagetmau (ça pue l’alsacien mais c’est bien landais).

En voilà une petite ville sympa! (4 800 habitants) mais une piscine olympique couverte de 50 mètres dans un parc ultra top avec court de tennis et tente 8 places pour votre serviteur.

Les filles de la piscine sont sympa. Il y en a une qui a un petit air de France Gall (elle ne sait pas qui c’est?!?). Jacuzzi, bain à bulles, toboggan, c’est S.U.P.E.R. Pizza avant d’aller au lit. Demain j’ai rendez-vous avec …
(Pas les filles, faut pas exagérer) CRICRI lui-même. Je suis en train de changer de région et de basculer tout doucement vers les Pyrénées. Ça se sent dans le paysage et dans les côtes. J’aime ça et ce soir la vie me paraît plus belle. J’ai appris ce que c’était la souffrance et j’ai prié toute la journée pour ceux qui n’ont même plus la chance de marcher. Moi je ne suis pas à plaindre. Cadre idéal

Ce soir j’ai repris contact avec Jean et Pierrette Tayan. Vous en saurez plus … prochainement.


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Jeudi 31 mai – 39ème jour

Ce matin j’ai anticipé mon étape par une grande randonnée dans les alentours d’Hagetmau et je me suis laissé entraîner par le soleil, le temps, pour rentrer vers 14 h au centre ville. Il était temps tout juste pour trouver un sandwich et une barquette de frites.

Cricri est arrivé vers 15 h 15 et nous avons filé directement à Orthez pour m’installer au gîte. Après on est allé (pour une fois!) traîner les troquets du coin pour évoquer nos vieux souvenirs et se remémorer les bons moments.

On a fait le point sur un tas de gens, de choses et d’événements : une vraie réunion d’anciens combattants. Je ne parle plus de ma jambe (mais elle est encore là et de temps en temps …). J’espère que cette fois c’est vraiment le début de la fin de cette mésaventure.

J’ai eu le temps de jeter un coup d’œil sommaire sur Orthez mais demain je pense y passer au moins la matinée avant de prendre la direction de Sauveterre.

Ah! j’allais oublier, j’ai visité une palombière, tout à fait par hasard … Les pauvres oiseaux n’ont pas beaucoup de chance de se tirer d’affaire en se posant là.

Demain démarre un nouveau mois et mon quarantième jour de marche … et je me rends compte que ce n’est pas une mince affaire et que tout un tas de mes théories a volé en éclats. Il faut s’adapter en permanence à tout un tas de situations que l’on contrôle plus ou moins mais avec un peu de philosophie, de la patience et de l’humour tout finit par s’arranger. Les maîtres mots sont «Accepter et Recevoir».
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Vendredi 1er juin – 40ème jour

Aujourd’hui ce n’est pas compliqué. Avec l’accord du président de l’Association, j’ai décidé de rester au bercail, à l’hôtel de la Lune (XIIIème). Probablement le plus beau et l’un des plus anciens monuments de la ville d’Orthez. Après tout c’est ma première vraie journée de repos depuis… Un certain temps.

J’ai passé la matinée à vadrouiller dans la ville entre le «Pont Vieux» (XIIIème) et les restes de la forteresse de Gaston Phebus (pardon Fébus).

L’église St Pierre est aussi très intéressante, à part le clocher du XIXème qui n’a rien à voir avec le reste (comme souvent dans la région).

Je suis à nouveau seul et j’ai fait la causette avec Michèle (qui s’occupe de l’entretien) et qui a connu elle aussi bien des malheurs. Je lui enverrai une carte de Santiago, c’est promis.

Repos donc aujourd’hui c’est sûr, avant de prendre la route vers Sauveterre de Béarn, Ostabat et ultime étape française, St Jean Pied de Port.

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Samedi 2 juin – 41ème jour

Je me suis réveillé tôt et je pars tôt. Etape moyenne, mais étape «montagnes russes». Tout semble en ordre et je l’avale bon train sans pour autant forcer car je n’ai pas envie de retrouver les mêmes problèmes.

Deux petites pauses, un petit casse-croûte (je finis mes restes) à midi et je file en direction de Sauveterre de Béarn. Les côtes sont déjà un peu raides, les chemins difficiles en raison des pluies des derniers jours.

Pas un chat devant moi, personne derrière. Je sais que Carla a eu des problèmes de santé et qu’elle est déjà rendue à St Jean Pied de Port (bus) sur conseil médical de repos de 4 jours.

Je n’en suis pas là, mais j’ai bien failli. Bernard et Monique doivent y arriver aujourd’hui ou demain et Rita court devant de peur de ne pas trouver de place dans un gîte, car il paraît que ça commence à se bousculer au croisement de St Palais.

C’est pour moi demain! Aujourd’hui me voilà arrivé à Sauveterre après une vision fabuleusement belle de la chaîne des Pyrénées. C’était à pleurer tellement c’était beau et rien que pour moi; seul, le vent bruissait dans les feuilles, l’air embaumait le chèvre-feuille et j’avais envie de chanter «mes jeunes années courent dans la montagne …» Et j’imaginais mon petit Timéo courant dans les hautes herbes, éclaboussé de sauterelles multicolores et ruisselant comme un matin de rosée.

Je suis bien installé chez Anne-Marie et je vais aller de ce pas visiter Sauveterre à tête reposée.

Chaque chose en son temps!

Voilà vraiment une ville qui présente de l’intérêt et qui est chargée d’histoire. Pas très grande (1 500 habitants) Orthez en comptait 1 000 et demain Ostabat 180.

Je suis allé à la messe du soir, un vieux prêtre officiait. Il m’a fait penser à Jean Peduzzi, un peu moins vieux mais aussi simple et avec un bon accent rocailleux comme on les fait dans le Béarn.

Chez Anne-Marie on a mangé les restes, mais de bons restes et je suis allé me coucher tôt.

Ah, j’allais oublier, j’ai récupéré l’éclopée de Roquefort des Landes que j’ai tout de suite reconnue. Elle est pétée d’ampoules mais elle avance!Chemins boueux

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Dimanche 3 juin – 42ème jour

Ils ont beau dire que l’étape du jour est aussi facile que celle d’hier, mon œil! Bon, je ne me plains pas. je quitte Sauveterre après une bonne nuit et un bon petit déjeuner.

Il est 9 h 45 et j’ai 26 kms à portée de main. Le moins qu’on puisse dire c’est que les sentiers du jour ont des allures de lits de ruisseaux. Ceci dit, c’est le top du top pour ce qui est du dépaysement.

Du côté d’Aîciritz…. Je commence à me dire qu’une pause serait la bienvenue et c’est peu avant Saint Palais que je largue mon sac sur le bas côté pour faire mon festin du jour: un trognon de saucisson, un vieux croûton d’Orthez, une poire et 1/2 eau du cimetière précédent. Ça, c’est une bonne source les cimetières. J’y ai toujours trouvé de l’eau et les occupants ne sont pas contrariants.

Saint Palais, je passe… Bon c’est une ville touristique mais à la sortie, surprise, ça grimpe raide et le soleil tape.

J’atteins la stèle de Gibraltar, point de convergence des trois routes … et je tombe sur dix pèlerins en groupe qui arrivent par Le Puy. Je ne m’attarde pas outre mesure et "j’ascencionne" un chemin d’enfer, sans ombre sur 1 Km 500, pente à 10 % jusqu’à la chapelle de Soyarge et là, quel point de vue!

Ça redescend et ça remonte (moins fort). Ostabat est encore à 6 kms. Je file en roue libre dans les derniers lacets, j’ai largué le groupe de 10, un petit coup de fil à l’arrivée à Ostabat. C’est Alex qui répond. Bonne fête maman, mais tu n’es pas là.

Je réparerai ça demain de Saint Jean Pied de Port. Le gîte est là, la douche et j’ai une faim de loup. Le repas est à 19 h 15 et j’attends l’heure avec impatience.

Le reste de la soirée vous le saurez demain si vous le voulez bien…

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Lundi 4 juin – 43ème jour

OSTABAT – SAINT JEAN PIED DE PORT
Là j’ai mis un titre. C’est la dernière étape en France, alors, il faut marquer le coup!

J’ai failli oublier de vous dire que l’arrivée ici montre que certaines choses ont changé. Tout un tas de pèlerins à bagages et à valises, en voitures est là à se prélasser sur la terrasse.

C’est leur droit mais je ne me sens aucune accointance ou affinité………. Avec ces gens-là. Peut-être à tort, mais bon quand je les vois se pomponner et déballer leurs atours bien repassés … Ça change de mon slip qui flotte au vent avec mes chaussettes et mon polo du jour que je viens de laver.

Et voilà c’est reparti, 8 h sonnent au clocher d’Ostabat. Au bout d’une demi-heure la flotte fait son apparition et il faut mettre le capuchon dare-dare. Chemin faisant je rattrape Yvonne, une jeune femme dont j’ai fait la connaissance hier soir. Elle s’arrête ce soir à Saint Jean Pied de Port suite à des problèmes financiers.

C’est une nivernaise très gentille et sympa. Elle a un prénom de mémère mais c’est pas de sa faute et elle le porte bien. A midi je l’ai invitée à déjeuner et on s’est bien régalés. Nous voici maintenant au gîte de Saint Jean Pied de Port et demain sera pour moi une nouvelle aventure puisque je rentre en Espagne … pour 30 jours ou plus et je me suis fait une amie de qualité.

Je vais aller faire un tour en ville poster ce cahier et quelques bricoles dont des photos.Percheron dans une rue du village

A l’instant je viens de faire connaissance d’un Allemand qui se propose de partir avec moi. On verra ça demain.
Jeannine, la dame qui veille sur les pèlerins me raconte un peu la vie du gîte et ce qui m’attend les jours à venir.


Ainsi s'achève la première partie de mon périple.

Alain, pèlerin ordinaire.

La suite (lire la deuxième partie)

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